Le poème babylonien de la Création
(ou le
poème intitulé Enuma Elish,
« il
était une fois en haut…. »)
Ce titre renvoie à la création de l’univers dans sa
version babylonienne.
La version anglaise du poème se situe, dans son intégralité,
sur le site http://www.sacred-texts.com/ane/stc/index.htm.
Quant à la version française, on ne trouve sur la Toile
que les premiers chapitres.
Le lecteur de langue française trouvera la version
intégrale du poème, entre autres, dans le livre intitulé Les Religions du
Proche Orient Asiatique de René Labat, André Caquot, Maurice Szcyner et
Maurice Vieyra, et plus précisément à la section du livre intitulée Les
Grands Textes de la Pensée Babylonienne, chapitre Le Poème babylonien de
la création, pages 36-70, édition Fayard, Paris 1970).
La trame du poème se résume ainsi :
Avant même la création de l’homme, l’univers était peuplé
de dieux et de démons qui se disputent alors le pouvoir, les premiers au nom de
l’ordre et du bien, et les seconds au nom du chaos et du mal.
En fait, les tous premiers dieux de l’univers semblent
avoir été des dieux démons en la personne d’Apsu, le maître des eaux douces
et/ou terrestres, et de son épouse Tiamat, la maîtresse des eaux maritimes.
Et après eux naquirent successivement les personnnages
suivants :
·
les jumeaux Lahmou et Lahamou
·
Anshar (dont le nom signifie « la totalité d’en haut ») et
Kishar (dont le nom signifie « la totalité d’en bas »)
·
Anu (le dieu Ciel, ou du Ciel) et Nudimmud (alias Ea, le
maître des eaux pures et douces de l’abzu, un Ea considéré ici comme le fils
d’Anu)
·
d’autres dieux, tous frères d’Ea
On apprend alors que les frères d’Ea décident de se liguer
contre lui sous prétexte qu’il accapare tout le pouvoir pour lui, causant un
vacarme pas possible sur le sein même de leur mère Tiamat.
Entendant cela, Apsu, qui ne peut plus dormir à cause du
bruit, décide, poussé par son conseillé
(son nom est Mummu), et contre l’avis
même de son épouse, de mettre à mort sa progéniture.
Ea, qui est devin et n’ignore par conséquent rien des
intentions d’Apsu, décide alors de tuer ce dernier et d’immobiliser Mummu avec
sa magie incantatoire.
Quant à Tiamat, en apprenant la mort de son époux, elle
entre dans une telle colère qu’elle fait trembler l’univers et ses dieux, avec
ceux des dieux démons qui sont ses fils, et notamment ce Kingu qu’elle a élu au
rang d’époux unique.
Les dieux se sentant menacés dans leur existence, Anshar,
leur roi, envoie Anu puis Ea affronter la démone, une démone si terrifiante que
les deux dieux prennent peur et s’enfuient de devant elle. Voyant cela, Anshar,
le roi des dieux, confie la mission à Marduk, lequel accepte d’affronter Tiamat
mais à une condition : être nommé roi
des dieux à la place d’Anshar.
La suite du poème nous décrit alors le duel terrible qui
oppose le héros à la déesse démone, un duel qui se termine par la création du
monde (qui s’apparente ici à un univers ordonné) et à la fin concomitante à la
fois de Tiamat (une Tiamat dont le cadavre sert, en tapissant le ciel et la
terre, de matériau à la confection de l’univers) et de Kingu (un Kingu qui,
après avoir usurpé la royauté en se substituant à Anshar à l’initiative de
Tiamat, perd à la fois sa couronne et sa vie en étant enchaîné pour l’éternité au royaume des morts par le
héros).
****
Maintenant que nous avons posé la trame du récit, on peut
supposer que celui-ci soit combine des éléments sabéens et non sabéens, soit se
réfère à une cosmogonie uniquement
sabéenne.
Dans le premier cas, on peut considérer que l’univers créé
par le dieu héros au profil démiurge se
confond avec l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate une fois la région
correctement aménagée grâce à l’apport des hommes.
Au départ, il est vrai, cette même région ressemblait à
une sorte de marais inculte et nauséabond où les eaux douces venues des fleuves
et/ou des rivières semblaient se confondre avec l’eau salée venue de la mer.
Et ce même marais de devenir une bonne terre propice à la culture et à
l’essor de la civilisation grâce ici à
l’action du dieu progéniteur.
Ceci dit, on peut également considérer que l’eau terrestre se mélange au départ aux eaux
venues du ciel, le tout sur fond d’un espace à trois dimensions où la terre, le
ciel et la mer, parce que non distingués,
semblent appartenir au même ensemble. Et plus ces éléments vont acquérir
un profil distinct (et donc leur indépendance), plus également on peut
considérer que les dieux chargés de les représenter se succèdent les uns aux
autres.
Et parce que ces mêmes dieux se composent à la fois de vrais dieux et de démons, il
appartient au démiurge (son nom est Marduk)
d’instaurer un univers ordonné en combattant Tiamat, Kingu et les autres démons
à leur service.
Et ce même Marduk de parachever son œuvre en installant le
soleil, la lune et les étoiles au sein
de l’univers qu’il vient d’ordonner.
Voilà pour la premiere lecture que l’on peut faire de
l’Enuma Elish.
S’agissant de la seconde, on peut considérer que tous
les acteurs sont dès le départ, ou bien des constellations, ou bien les
nuages de la Voie Lactée, ce qui présuppose que toute la scène de la création
du monde se joue sur le planipshère
céleste
A cette aune, on peut voir en Tiamat la constellation de
l’Hydre, une Hydre qui se choisit pour unique époux un Kingu en qui l’on peut
voir - du moins à priori - l’expression du Centaure.
Quant aux dieux qui font du bruit sur le sein même de
Tiamat, si elle-même est l’expression de l’Hydre, on peut voir en eux le Sextant, le Cratère et le Corbeau.
Quant à Ea, si ses frères sont cela, lui-même est alors la
Licorne ou quelque chose d’approchant.
Sachant par ailleurs qu’Anu et Ea se rapprochent de Tiamat
sans oser l’affronter, on peut considérer que l’Hydre se situe derrière le Toit
du Monde lorsque la Licorne (alias Ea) et ?? (la
Grande Ourse ? l’étoile Mizar de la Grande Ourse ? l’Etoile Polaire ? l’étoile
Turban du Dragon ? l’étoile alpha de Cassiopée ? autant de représentations
possibles du dieu ciel Anu) se rapprochent de la déesse démone en furie.
Maintenant, supposons qu’Anshar était représenté par la
Grande Ourse, et Kishar, par l’Hydre.
En ce cas, il n’est pas interdit de comparer les dieux
ancestraux de l’Enuma Elish avec ceux de l’ennéiade héliopolitaine.
On aurait alors Apsu dans le rôle du Taureau, et Lahmu et
Lahamu dans le rôle des deux Gémeaux.
Eux-mêmes donnent
alors naissance, en les séparant, à un Anshar en qui l’on peut voir la Grande
Ourse, et à un Kishar en qui l’on peut voir l’expression de l’Hydre
Maintenant, si l’on admet, avec le ou les auteurs du site http://arethuse1.free.fr/recherche-manuelle.php?mot2=lahmu&Submit2=Rechercher+%21,
que Lahmu est généralement représenté avec une longue chevelure et nu
terrassant un lion, on peut voir en lui l’expression du Lynx, un Lynx qui a
pour chevelure épaisse la Voie Lactée et qui terrasse un lion qui est ici le
Petit ou le Grand Lion.
Et si Lahmu est le Lynx, Lahamu est alors le Cancer.
On apprend aussi que les deux jumeaux Lahmu et Lahamu
étaient associés à des notions comme la vase, la boue, la fange, ou le sillon,
et qu’ils avaient parfois aussi la forme d’un serpent.
Or le Lynx et le Cancer ressemblent bel et bien, d’une
certaine façon, à des serpents. Quant à la boue à laquelle s’associent les deux
jumeaux, elle est alors représentée par
la Voie Lactée.
Lahmu et Lahamu crée la Grande Ourse (alias Anshar) et
l’Hydre (alias Kishar) en quelque sorte par sépararation (étant entendu que le
Lynx et le Cancer se situent dans la zone intermédiaire, comparée à une Hydre
qui est au-dessous d’eux, et à une Ourse qui est au-dessus d’eux).
Et si Anshar est la Grande Ourse, Anu est forcément situé
à proximité.
Quant à Ea, en tant que fils d’Anu, il n’est pas éloigné
non plus.
Et ainsi en est-il également d’Enlil, dont la station (qui
s’apparente ici à une étoile ou à une constellation) voisine celle d’Ea, les
deux voisinant une station de l’étoile polaire censée représenter le
dieu-ciel Anu (un Anu qui, sous son nom générique d’Ilu, était
représenté par une étoile).
Reste à savoir si cette étoile-là est, comme aujourd’hui,
l’étoile polaire, ou s’il s’agissait d’une autre étoile.
****
Toujours à propos de Lahmu et Lahamu, le Dr Christopher
Siren, savant américain et professeur à Harvard, nous informe, dans son étude très
complète sur les dieux du Moyen Orient, que
ces deux personnages étaient des créatures d’aspect boueux (ou fangeux)
à la chevelure abondante, qu’ils
avaient, en guise de cheveux,
trois paires de boucles, et qu’ils se promenaient tout nus à l’exception
d’un pagne ou d’une immense ceinture autour de leur taille.
Et ce même savant de préciser qu’un certain Kappa avait
été désigné par Anshar (le père des dieux ancestraux), pour obtenir de Lahmou
et Lahamou, qui étaient au départ des démons, qu’ils
se rangeassent du côté de Mardouk dans sa lutte contre Tiamat et ses acolytes
démoniaques.
Si nous ignorons, quant à nous, qui est ce Kappa, en
revanche nous savons, après un petit détour sur la Toile, qu’un nom pareil
était connu tour à tour en Inde, au Japon, en pays magyar et en Finlande; qu’il
désignait, dans l’Inde dravidienne, tour à tour le cou, la gorge ou l’orifice
(sous-entendu : de quelque chose); qu’il désignait, en pays magyar, une
grenouille ou un crapaud ; qu’il désignait, en Finlande, un manteau de pluie,
et qu’il désignait enfin, au Japon, un personnage qui incarnait les esprits des rivières, lesquels esprits
ressemblaient alors à de petites tortues à tête de singe et au crâne rempli
d’eau, elles-mêmes donnant leur puissance ou leur énergie aux esprits dont nous
venons de parler.
On apprend également, en
lisant la légende concernée, que les hommes, pour faire perdre aux
esprits leur pouvoir, s’inclinaient devant eux, et qu’eux-mêmes, esprits,
s’inclinaient à leur tour, par politesse (souvenons-nous que nous sommes ici
chez les Japonais), avant de disparaître en perdant leur eau.
Quitte à prendre des libertés avec l’interprétation, on
peut déduire de ces informations que nos Kappa (ou notre Kappa) désignent les
pluies, ou, ce qui revient au même, les nuages gorgés d’eau, eux-mêmes se
vidant de leurs eaux lorsque les hommes se prosternaient devant les esprits
cachés derrière.
Et parce que nous sommes ici sur le planisphère céleste,
ces mêmes nuages sont probablement associés ici à la Voie Lactée.
Quant à Lahmou et à Lahamou, on peut voir en eux les deux
Gémeaux (qui appartiennent ici à la constellation du même nom).
Et les mêmes, en se manifestant avec leurs triples
boucles, d’envahir ces trois parties du planisphère céleste que sont le ciel,
l’atmosphère et la terre (autant d’espaces qui prennent place ici sur le planisphère céleste).
Mais peut-être faisons-nous fausse route ; peut-être les
boucles personnifiaient-elles des vagues qui étaient elles-mêmes associées à la
marée montante.
On comprend alors, dans ces conditions, pourquoi la mer
(son nom Tiamat) s’est réveillée.
Et si Lahmou personnifiait la marée montante (une marée
associée ici à la Voie Lactée), Lahamou
était associé, lui, à la marée descendante.
Imaginons, à partir de là, que la triplicité des boucles
de Lahmou et Lahamou renvoyait à un personnage qui, sur le domaine védique,
était le dieu démon Tricéphale.
Ce personnage, dans l’Inde védique, avait été créé par
Tvastri (le dieu artisan et maître des formes), pour envahir le ciel, et,
au-delà, ces trois sphères du planisphère céleste que sont le ciel,
l’atmosphère et la terre.
En tant que démon au profil nuageux, le Tricéphale, comme
le souligne Georges Dumézil dans ses œuvres, était tout à la fois un brahmane
et le chapelain des dieux.
Et ce même Dumézil de préciser qu’Indra, le grand dieu
védique, avait commis un brahmanicide doublé d’un parricide en tuant le
Tricéphale - meurtre que certains vers
du RigVeda attribuent à sa doublure (son nom est Trita Aptya) plutôt qu’à
Indra.
Par analogie, on pourrait penser que Mardouk, dans le
récit qui nous occupe en ce moment, tue Lahmou et Lahamou, et que, ce faisant,
il joue le même qu’Indra.
Or il n’en est rien. En effet, si l’on en croit le Dr
Siren, ces deux personnages (qui étaient probablement, de par leur nom, des jumeaux) se rangent du côté du dieu héros
au profil démiurge.
A partir de là, les choses deviennent limpides comme l’eau
des sources.
En effet, dans la mesure ou nous sommes ici sur le
planisphère céleste, on peut en déduire que les deux Gémeaux, après s’être
accoquinés avec une Voie Lactée qui s’appelle Tiamat, se rangent finalement
(sous entendu : en quittant la Voie Lactée), du côté d’un Grand Lion qui
s’appelle Mardouk (un Mardouk qui, comme son nom l’indique, était «le taurillon
du dieu soleil Utu» - en langue locale : « amar-utu » – un Utu qui est ici le
nom sumérien du dieu-soleil).
Tout ceci étant dit, on peut également identifier Lahmu et
Lahamu avec le Lynx et le Cancer plutôt qu’avec les deux Gémeaux.
****
Pour en revenir à Tiamat, nous avons comparé ce personnage
à l’Hydre.
Pour autant, qu’on ait affaire à l’Hydre ou à la Voie
Lactée, dans les deux cas le personnage est dominé par un Marduk qui est le Grand Lion.
Quant à Ea, le père de Marduk, on peut voir en
lui, au choix, l’expression de la Licorne ou celle d’Orion.
S’il est la Licorne, il tue un Apsou qui est, au choix, le Taureau ou Orion, et paralyse un
Mummu qui est, en tant qu’émissaire d’Apsou,
Orion ou tel autre personnage (le Lièvre ?).
Certes, on pourrait
voir en Ea, sous ses traits de chèvre poisson, l’expression du Capricorne.
Mais alors, on ne voit pas, pour ce qui nous concerne, qui
peuvent bien être Apsu, Mummu, Tiamat, Kingu et les
autres.
Maintenant, supposons qu’Apsu était la Voie Lactée.
En ce cas, Mummu est alors la Licorne.
Mais supposons, autre variante, que Mummu était l’étoile
Procyon du Petit Chien.
En ce cas, ce personnage est l’émissaire d’un Apsou qui
est la Voie Lactée.
Ceci dit, rien n’empêche de voir dans cette même Voie
Lactée l’expression de la mer-mère Tiamat.
C’est alors elle qui tapisse l’univers une fois maîtrisée par le dieu héros au
profil démiurge.
Quant à Kingu, si la déesse démone est, sous le nom de
Tiamat, la Voie Lactée, on peut considérer qu’il est lui-même dans le rôle de
l’Hydre (une Hydre qui a pour compagnons démoniaques, entre autres, le Sextant,
la partie supérieure des Voiles, le Cratère, le Corbeau ,
et finalement le Scorpion).
Et c’est de son sang à lui, Kingu, que naîtra l’humanité
(une humanité incarnée, dans le roman sabéen, par le Centaure - étant entendu
que la constellation du Centaure suit celle de l’Hydre sur le planisphère
céleste).
****
A part cela, quand la 7ème tablette du poème de l’Enuma
Elish attribue à Mardouk cinquante noms différents et que, parmi eux,
Mummu est celui qui, au vers 86, « crée
le ciel et la terre et guide les pas », on peut penser que ce personnage est le
fils d’Apsou et de Tiamat.
Cela voudrait dire que Mardouk est lui-même ce fils.
Et parce que Tiamat est citée, dans nombre de récits, en
compagnie de Mummu (elle-même faisant la paire avec lui, sous le nom de
Mummu-Tiamat), on peut en déduire que la mer (étant entendu que Tiamat est une
mer) est la mère de l’orage.
En clair, la Voie Lactée est la mer d’un orage représenté
ici par le Grand Lion (un Lion qui s’appelle ici Mardouk – alias Amar-Utu,
alias le Taurillon du dieu Soleil).
Manière de dire que le soleil en question est entré dans
la constellation du Grand Lion.
****
L’œil du Lynx veillera à ce que les lois sur la propriété intellectuelle soient ici respectées, ce qui présuppose que toute diffusion d’une partie ou de la totalité de ce texte dans des documents à caractère non commercial porte la mention de son auteur, et que la diffusion des mêmes dans des documents à caractère commercial soit soumise, avec mention de son auteur, à son autorisation.