Quand les dieux et les héros étaient des  constellations :

un essai de mythologie comparée

 

 

 

 

Nous allons commencer cette enquête avec Mithra (qui est ici le Mithra tauroctone,  lui-même rennvoyant à la tauromachie)

 

Supposons un instant que ce  Mithra-là  était le soleil.

 

Ce soleil alors les traits suivants :

 

 

·        il ressemble à un homme qui a lui-même sur la tête un bonnet phrygien

·        il est en train de tuer un taureau

·        il est entouré, sur les images correspondantes, du soleil, de la lune, d’un lion, d’un serpent, d’un chien, d’un scorpion (qui mord l’un des jarrets arrière du taureau), éventuellement aussi d’un aigle, et enfin de deux personnages (Cautes et Cautopatès) qui tiennent chacun un flambeau à la main (l’un étant tourné vers le bas et l’autre vers le haut).

 

 

Au vu de tout cela, on peut considérer avoir affaire au soleil lorsque celui-ci se déplace sur l’écliptique. 

 

Ce soleil-là, après avoir traversé la Voie Lactée (elle-même étant symbolisée ici par le taureau), se retrouve dans le monde des vivants.

 

Et le même d’être à son zénith, du point de vue de son rayonnement, lorsqu’il se trouve dans le signe du Grand Lion (ce qui nous renvoie, compte tenu de la précession des équinoxes, à l’époque du solstice d’été), un soleil qui quitte ensuite le monde des vivants à l’équinoxe d’automne.

 

A cette aune, on peut voir dans les deux porteurs de flambeau Cautès et Cautopatès les représentants des deux équinoxes (i.e. celui du printemps et celui  de l’automne).  Tandis que celui associé à l’équinoxe de printemps a son flambeau tourné vers le haut, celui associé à l’équinoxe d’automne a son flambeau tourné vers le bas.

 

Quant aux autres animaux qui entourent le taureau tué par Mithra, on peut voir en eux :

 

 

·        la constellation du Scorpion s’agissant du scorpion

·        l’Hydre s’agissant du serpent

·        le Grand ou Petit Chien s’agissant du chien

·        la constellation de l’Aigle (elle qui se situe au-dessus du Scorpion et/ou d’Ophiucus)s’agissant de l’aigle.

 

 

Le scorpion qui s’attaque à la jambe gauche (ou au jarret gauche) du taureau est la constellation du Scorpion lorsque celle-ci s’en prend aux nuages de la Voie Lactée (elle qui, en faisant le tour du planisphère, voit son train arrière se situer au même endroit que le Scorpion  - lui-même, Scorpion, stationnant, à cet instant, dans la partie sud et visible d’un planisphère céleste qu’il vient tout juste de réintégrer après avoir séjourné dans son espace invisible).

 

Quant à l’aigle situé à la fois au-dessus et à gauche du taureau, ainsi qu’on vient de le voir tout à l’heure, on peut voir lui la constellation de l’Aigle.

 

Quant à Mithra lui-même (qui est ici le Mithra tauroctone tel que le percevaient les Romains rendant hommage à son culte), , on peut considérer qu’il incarne le soleil lorsque celui-ci quitte, durant son avancée sur la ligne de l’écliptique, l’équinoxe de printemps (représenté en l’occurrence par le taureau) pour aller vers l’équinoxe d’automne (représenté, lui, par le scorpion et l’aigle).

 

Lui-même, soleil, joue les toreros en tuant un taureau qui est, possiblement, l’expression de la Voie Lactée.

 

Mais peut-être ce taureau-là était-il la constellation du Taureau?!

 

En ce cas, la mort du Taureau Equinoxial prouve que le soleil a quitté le point vernal (ou, ce qui revient au même, la station de l’écliptique correspondant à l’équinoxe de printemps  - on tient compte ici de la précession des équinoxes), pour se diriger vers un Grand Lion qui était associé  à l’époque  (on est là sous l’antiquité) au solstice d’été.

 

Le problème, avec une telle représentation, est qu’on ne parvient pas à comprendre les rôles joués par le serpent, le chien et le scorpion.

 

En effet, si le taureau tué par Mithra est la constellation du Taureau, le scorpion qui s’en prend à lui (plus exactement à l’une de ses jambes arrière) ne peut pas être la constellation appelée Scorpion.

 

Et le fait de savoir que les soldats de l’armée romaine adoraient en Mithra « le Sol Invinctus » (ou « le soleil invaincu ») ne permet pas d’en conclure que ce soleil-là tuait, en la traversant, une constellation appelée Taureau.

 

Au lieu de cela, l’adversaire vaincu par Sol Invictus était l’expression de l’obscurité et du froid ambiant, toutes choses auxquels le soleil mettait un terme en renaissant après le cap du solstice d’hiver.

 

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Tout ceci dit, il n’est pas certain que Mithra était le soleil.

 

Ce n’est pas le cas si l’on en croit un Franz Cumont, qui, dans Les Mystères de Mithra (l’édition consultée est ici la 3e édition, H. Lamertin, Bruxelles 1913) s’exprime en ces termes :

 

 

Le dieu contre lequel Mithra éprouva d’abord ses forces fut le Soleil (fig. 17). Celui-ci dut rendre hommage à la supériorité de son rival et recevoir de lui l’investiture. Son vainqueur lui plaça sur la tête la couronne radiée, qu’il porta depuis ce moment durant sa course quotidienne. Puis il le fit relever, et, lui tendant la main droite, il conclut avec lui un pacte solennel d’amitié. Dès lors, les deux héros alliés s’entr’aidèrent fidèlement dans toutes leurs entreprises (note).

 

 

Sous la note, nous lisons :

 

 

Les diverses scènes de la légende de Mithra et d’Hélios apparaissent sur un grand nombre de monuments. Beaucoup de détails en sont encore incertains; cf. M.M.M. t. 1I p. 172 55. Des observations utiles ont été faites par Toutain, Rev. Hist. des Religions, 1902, 17 ss. et Dieterich, Kleine Schriften, 1911, p. 261 5. Dieterich (Mithraliturgie 2 éd. Wünsch, pp. 76 et 225) a voulu reconnaître dans l’énigmatique que porte Mithra dans la scène de l’investiture, une omoplate de taureau (Schulterblatt des Stieres), qui était en Égypte le symbole de la constellation de l’Ourse. Je doute beaucoup de cette explication.— Un bas-relief isolé de cette scène mystérieuse a  été trouvé à Stockstadt (Drexler Castell Stockstadt, p. 84, no 8. PI. XIII).

 

 

Si donc Mithra n’est pas le soleil, comme nous le lisons ci-dessus, qui est-il, à quoi correspond-il ?

 

Sachant qu’il a sur la tête un bonnet phrygien, on peut en déduire qu’il ressemblait à Attis, le dieu phrygien qui faisait couple avec une déesse mère que l’on rencontre partout à cette époque au Moyen Orient (et non seulement là mais ailleurs), elle-même s’appelant Mâ, ou Cybèle, lorsque le jeune dieu au profil démiurge s’appelle Attis.

 

Ce dieu-là était la réplique phrygienne d’un personnage qui incarnait le renouveau de la vie et de la végétation sur terre, et qui s’appelait tour à tour Dumuzi, Tammuz (écrit également Tammouz) ou Adonis en d’autres contrées.

 

On peut donc considérer que Mithra était son équivalent sur un domaine qui fut d’abord iranien avant de devenir romain au moment où le dieu et son culte sont adoptés par une armée romaine qui stationne  en Orient durant l’expansion et la consolidation de l’empire romain à l’Est.

 

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Maintenant supposons, pour en revenir à l’iconographie montrant Mithra en train de tuer le taureau, que le bonnet du dieu au tempérament solaire était lui-même une constellation.

 

Vu la forme du bonnet (lequel est doté d’une pointe en forme d’excroissance), on peut voir en lui la Grande Ourse.

 

A cette aune, Mithra stationne au-dessous d’elle.

 

Supposons qu’il était le Grand Lion.

 

Ce dieu là est bel et bien un guerrier.

 

Et parce qu’il a la Voie Lactée devant lui, on peut imaginer qu’il la combat à l’aide d’une arme symbolisée par le Cancer.

 

C’est donc lui, Cancer, qui, en pareille hypothèse,  tuera la Voie Lactée.

 

En réalité, celle-ci n’est pas morte, mais comme elle se déplace, à cet instant, de l’autre côté du planisphère céleste, c’est comme si elle était tuée par le Grand Lion à cette occasion (un Lion qui emploie le Cancer comme couteau ou glaive à cet instant).

 

Ceci dit, un autre personnage n’apparaît pas dans le récit : il s’agit de la Licorne.

 

Cet animal se situant, pour partie dans la Voie Lactée, les faiseurs de mythe vont finir par l’assimiler à la  Voie Lactée.

 

Et quand les tout premiers anciens associaient le cerf et le taureau, peut-être avaient-ils en vue la Licorne et la Voie Lactée, ou, autre variante, la Licorne et le Taureau.

 

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Ouvrons une parenthèse pour noter que le dieu cerf (alias la Licorne) s’appelait Uruwana (ou Wanda, ou Uruwanda) dans l’ancienne mythologie hattito-hittite, et probablement aussi Varuna dans l’ancienne mythologie védique.                                     

 

Dans le même registre, quand nous lisons, sous la plume de J. Duchesne-Guillemin  (cf. son article intitulé : Ahriman et le dieu suprême : Dans les mystères de Mithra ; Numen, Vol. 2, Fasc. 3. (Sep., 1955), pp. 190-195.)

 

 

Depuis Zoega et à la suite de Cumont, presque personne n'a mis en doute que les statues léontocéphales des mystères de Mithra représentent un dieu du Temps, dieu suprême du mithriacisme et reflet du Zurvan akarana iranien.

 

Toutefois S. Wikander, Etudes sur les Mystères de Mithra, 1, 1950, nous a appris à douter : Cumont appelle cette figure Saturne-Kronos et l'identifie à la divinité iranienne Zervan

 

 

ce Zervan (alias Zurvan, alias le dieu du Temps) est probablement représenté par la Licorne (elle-même ayant pour équivalent la planète Saturne dans le monde des planètes du système solaire), une Licorne qui a pour tête le Grand Lion.

 

Et si ce personnage n’était pas la Licorne, il était l’expression de l’Hydre (étant entendu qu’elle aussi, et mieux encore que la Licorne, a le Grand Lion au-dessus d’elle, un Lion qui lui sert alors de tête).

 

Et c’est probablement cette même Hydre qui figurait le dieu du Temps lorsque celui-ci  se présentait  sous les traits d’un Kronos léontocéphale (ou, ce qui revient au même, à tête de lion).

 

Dans l’ancienne religion iranienne, ce dieu Temps s’appelait Zervan (ou Zurvan), lui-même donnant naissance à deux dieux qui symbolisent le bien et la lumière sous le nom d’Ahura Mazda, le mal et les ténèbres sous celui  d’Ahriman.

 

Le lecteur voudra bien noter que cette  dualisation du  dieu primordial associé au Temps en dieu bon d’un côté et mauvais de l’autre, est à l’origine de toutes les religions dualistes qui s’ensuivront et qui aboutiront elles-mêmes aux trois grandes religions monothéistes telles qu’on les connaît aujourd’hui (religions où le dieu bon occupe tout l’espace en reléguant le dieu mauvais -  que celui-ci s’appelle Satan, le Serpent, Léviathan, ou de n’importe quel autre  nom - dans un rôle subalterne).

 

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Pour en revenir à Ahriman,  nous lisons ceci, à propos de ce personnage, dans : http://mirrorh.com/hr.htm :

 

 

Ahriman - "Definitions attributed to Ahriman include: Great Serpent; Lord of Darkness; leader of the daevas, whom Zoroastrians called devils, though the original Indo-Iranian word meant gods; rival of the sun god in Persian myth. History / Mythology: Ahriman was not considered inferior to the Heavenly Father. On the contrary, they were twins, born simultaneously from the womb of the primal Crone of Time [Zurvan]. The story of Ahriman's revolt against his twin brother, the Heavenly Father, of their war in heaven, and of the daevas' fall to the underworld, gave western Europe its basic myth of the fall of Lucifer, and its dualistic division of the universe between forces of good and evil. Reportedly, Ahriman was not originally Persian. He was the Vedic god Aryaman, maker of Aryans - the people he created of clay. Aryaman was one of the twelve zodiacal sons of the Goddess Aditi. He also had a Celtic incarnation, as the divine king Eremon. Other words or spellings associated with Ahriman include:  Aryaman; Draoga ['betrayer']."

 

 

Vu la teneur de ce texte, on peut voir en Zurvan (alias le Bouc primordial) la Licorne, elle qui engendre deux créatures qui, en naissant quasiment au même instant, sont l’une, le Grand Lion (alias le Père du Ciel – son nom est Ahura Mazda), et l’autre l’Hydre (son nom est Ahirman), une Hydre qui se décline ici au masculin et qui est le Père d’une terre qui renvoie ici aux enfers, comparé un Grand Lion qui est, lui, le Père du Ciel.

 

A cette aune, quand les Grecs de l’antiquité évoquaient l’Hadès, ils avaient en vue non seulement la région des enfers, mais le dieu qui habite les lieux (lequel s’identifie ici à l’Hydre).

 

Et c’est probablement cette même Hydre qu’on retrouve dans ce commentaire de J. Duchesne-Guillemin :

 

 

Zaehner, dans son récent livre sur Zurvan, paru il y a un mois ou deux, pense qu'il n'y a pas à hésiter - et je lui trouve après coup un précurseur en la personne de Legge, Proceedings of the Bibliclal Society, 1912, qui avait mis en avant le témoignage du Fihrist sur le Démon manichéen:  « Sa tête était celle d'un lion, son tronc celui d'un dragon, ses ailes celles d'un oiseau; il avait la queue d'un gros poisson et des pieds de reptile. »

 

 

Et si, après avoir lu ce texte, on peut identifier le Démon manichéen à l’Hydre, cette Hydre empiète en réalité sur les constellations situées à proximité. Pour mieux dire, le Démon manichéen est lui-même une figure composite dont les membres se présentent de  la manière suivante :

 

 

·        la  tête du  Démon est représentée par le Grand Lion

·        le tronc du Démon (qui ressemble à un dragon ou à un serpent de feu) est représentée par l’Hydre

·        les pieds de reptile du Démon renvoient à la constellation d’Antlia et à la partie supérieure des Voiles,

·        la queue du Démon est représentée, au choix, par ?? (la Balance ? le Centaure ? - auquel s’ajoute peut-être le Loup), le Scorpion ? Ophiucus ?, etc.).

     Enfin, les ailes du Démon renvoient-elles peut-être à la constellation de l’Aigle (elle-même se situant au-dessus d’Ophiucus).

 

 

Cette multicomposition de la divinité chargée d’incarner le Temps prouve une chose : ce Temps n’était pas uniforme dans l’esprit de nos ancêtres. Au lieu de cela,  il s’identifiait au temps qui fait (avec ses composantes lumineuses ou ténébreuses, orageuses ou sereines, etc.).

 

Bref, le Temps éternel n’était rien d’autre, dans leur esprit, qu’une succession de moments tantôt positifs tantôt négatifs, les uns étant supportés par des dieux et les autres par des  démons, les deux catégories luttant durant un tournoi eschatologique où tout était toujours à recommencer.

 

Et parce que la religion de nos ancêtres était chamanique, c’est par des rites et des offrandes faites aux divinités que nos ancêtres essayaient d’obtenir la production des événements favorables à leur existence.

 

Mais la question n’est pas là. Elle est de constater que nous, gens du monde moderne, ne comprenons nullement les fondements de la mythologie chère à nos ancêtres chaque fois que nous nous offusquons en apprenant qu’eux-mêmes adoraient, en guise  de dieux, des monstres à forme moitié humaine et moitié animale, ou moitié animale de telle race et moitié  animale de telle autre race, etc. 

 

Au lieu de les critiquer, eux et leur religion,  sous prétexte qu’ils adoraient des monstres de cette sorte, on aurait mieux fait d’enquêter sur ce qui se cache réellement derrière ces divinités aux formes composites. On aurait alors compris que les anciens se référaient, lorsqu’ils étaient initiés, non seulement au planisphère céleste et ses étoiles, mais qu’ils avaient associé plusieurs constellations aux formes multiples au sein d’une même figure composite (lequelle est chargée de représenter le Temps dans l’exemple ci-dessus).

 

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Pour en revenir au dieu temps et sa subdivision en dieu bon d’un côté et dieu mauvais de l’autre, Mircea Eliade écrit ceci :

 

(cf. Histoire des croyances et des idées religieuses ; livre 2 : De Gautama Bouddha au triomphe du christianisme ; chap. 27 : Nouvelles synthèses iraniennes, page 297 ; Bibliothèque Historique Librairie Payot, Paris 1978)

 

 

Zurvan et l’origine du Mal

 

Les problèmes posés par Zurvan et le zurvanisme sont encore d’être résolus. Le dieu est certes archaïque [note 5]. Ghirshman avoir identifié Zurvan dans un bronze de Louristan représentant le dieu ailé et androgyne enfantant les deux jumeaux (qui lui sortent des épaules) ; trois processions, symboles des trois âges de l’homme, lui apportent en hommage le barsom [note 6]. Si l’interprétation est correcte, il s’ensuit que le mythe de Zurvan en tant que père d’Ohrmazd et d’Ahnman était déjà connu à une à beaucoup plus ancienne que la date des premiers témoignages écrits. Selon la notice d’Eudème de Rhodes (moitié du 4e  siècle av. J.-C.), « les Mages... appellent le Tout un et intelligible tantôt « Espace », tantôt « Temps »; de là seraient nés soit Ohrmazd et Ahriman, soit  la Lumière et les Ténèbres » [note 7]. L’information est importante elle nous assure que vers la fin de l’époque achéménide, les spéculations sur le Temps-Espace en tant que source commune des deux principes, le Bien et le Mal, incarnés dans Ohrmazd et Ahriman, étaient familières aux Iraniens.

 

Le terme avestique pour « temps » est thwâsha, littéralement « le Saint » ou « Celui qui se hâte », et Widengren pense que dès le début il désignait la voûte céleste, épithète propre à un dieu du ciel maître des destins [note 8]. Il est donc probable que Zurvan était  originellement un dieu céleste, source du Temps et distributeur de la chance et de la malchance, en dernière instance maître du destin  [note 9]. De toute façon, la structure de Zurvan est archaïque : il rappelle certaines divinités primitives dans lesquelles coexistent les polarités cosmiques et les antagonismes de toute sorte.

 

Notes

 

(5). Widengren (Hochsgotttglaube im alten Iran, p. 310) a cru reconnaître son nom dans les tablettes de Nuzi (xiii-xii e siècles). Mais E. A. Speiser a montré que le nom doit être lu Zarwa(n), nom d’une déesse hurrite; cf. Annual  of the american Schools of Oriental Research, xvi, 1936. p. 49, nn. 47-48.

 

(6)  Ghirshman, Artibus Asias, 1958, pp. 37 sq.; Duchesne-Guillaumin, op. cit.  p. 146.

 

(7) Le texte d’Eudème a été édité par Bidez-Cumont, Les Mages hellénisés, 14, pp. 69-70; cf. I, pp.62   sq.

 

(8) Widengren (Hochgottglaube. pp. 23 sq. ; Zachner, Zurvan, a Zoroastrian Dilemna, pp. 89 sq.

 

(9) Puisque, selon Eudème, Zurvan était adoré par les Mages, c’est-à-dire, originellement dans le pays des Mèdes. Il est difficile de décider si le silence de Zarathustra s’explique par des raisons polémiques ou dénote simplement l’importance modeste, peut-être même l’absence, de ce dieu du Temps et du Destin dans les milieux du Prophète.

 

 

Si, après avoir lu ce texte de Mircea Eliade, on part du principe que Zurvan créa Ahura Mazda et Ahriman, le premier nommé se situe forcément en avant du Grand Lion (représenté ici par Ahura Mazda) et de l’Hydre (représentée par Ahirman).

 

A cette aune, Zurvan (ou Zervan) peut être le  Taureau, Orion, la Licorne ou la Voie Lactée.

 

Supposons un instant que le « bouc à une patte » (alias Aja-ekapad, alias Varuna) de la religion védique était la Licorne.

 

En ce cas, elle-même réglait le temps, en tant qu’expression de la planète Saturne, et formait trio, avec le Grand Lion et l’Hydre (un Lion qui s’appelait Mitra et une Hydre qui s’appelait Aryaman).

 

Tout ceci, évidemment, doit être pris au conditionnel.

 

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A part cela, une autre information importante d’Eliade se situe dans cette phrase :

 

Le terme avestique pour «temps» est thwâsha, littéralement «le Saint» ou «Celui qui se hâte»,…

 

On retrouve ce Saint sous le nom de Sraosha dans l’Avesta, et sous celui de Tvashtri dans la religon védique.

 

Sachant que Twashtri (écrit également Tvastri, ou Tvastr) était un dieu artisan semblable au dieu égyptien Ptah, on peut voir en lui la Licorne (elle qui crée, en guise de Tricéphale, un personnage qui est, au choix, la Voie Lactée ou l’Hydre).

 

A part cela, Eliade, qui se réfère lui-même à plusieurs sources, dont Plutarque, nous dit maintenant ceci :

 

 

En outre, Plutarque écrit que Mithra, qui se trouve entre Ohrmazd et Ahriman (c’est pourquoi il est qualifie «médiateur»), avait enseigné aux Perses à offrir à ces dieux des sacrifices caractéristiques, une offrande de type chtonico-infernal étant destiné au «Mauvais Démon» - ce qui n’est non plus une conception zoroastrienne.

 

 

En l’occurrence, Plutarque (qui s’exprime ici dans son Traité sur Isis et Osiris) fait référence aux notions de Bien (incarné par Oromaze – alias Ahura Mazda) et le Mal (incarné par Arimane, alias Ahriman), et déclare que Mithra se situe entre ces deux principes, ce qui fait de lui un Médiateur.

 

Et  Marc Meunier, le traducteur d’Isis et Osiris de Plutarque, de préciser en note :

 

 

Mithra était un de ces génies intermédiaires, les Yzeds, le premier, qui veillent à la conservation et à l’ordonnance du monde, et qui relient l’homme à Dieu. On l’appelait l’esprit de la lumière divine. Cf. DARMESTETER, The  Zend-Avesta, t. I, p. 61 et t. II, p. 122-123. Sur Mithra, dont le nom signifie ami cf. S.Reinach, Cultes,.Mythes et Religions, t. I, p. 220-234, La morale du Mithraisme

 

 

On notera qu’une pareille définition s’accorderait assez bien avec la constellation du Centaure, si Mithra n’était, dans son rôle de dieu psychopompe, l’un des trois juges des Morts en compagnie de  Rashnu et  Sraosha.

 

On notera également, cette fois avec François Lenormant, que Mithra faisait la paire avec une déesse Anihita qui était si proche de lui qu’on les appelait parfois « les deux divins Mithra » (en langue locale :  « ahuraêibya Mithraêibya »), à en croire Emile Burnouf cité par Lenormant.

 

Attendu que cette même Anahita était comparée à l’Aphrodite céleste, on peut voir en elle, au choix, la planète Vénus ou, autre variante, l’étoile Sirius du Grand Chien.

 

Et si  elle est cela, on peut en déduire que Mithra se tient tout près d’elle.

 

Mais en qualité de quoi ?

 

D’après  Lernomant, Mithra était l’équivalent, en tant qu’ami des hommes, du dieu accadien  Silik-moulou-khi , qualifié  lui aussi de médiateur et « qui avait le pouvoir de ramener les morts à la vie ».

 

Sachant que ce Silik-moulou-khi s’appelait également Mardouk (écrit également Marduk) et  que celui-ci était le fils d’un Éa que nous supposons être ici la Licorne (bien que sa figure de chèvre-poisson permette également de voir en lui le Capricorne), on peut supposer que Mardouk est, au choix, Orion ou le Grand Lion.

 

Ce Mardouk, au lieu d’être un petit dieu, était le grand dieu de l’univers, ainsi qu’en témoigne cet extrait tiré des œuvres de Lenormant :

 

 

Entre l’humanité et le dieu Èa, il existe un dieu médiateur qu’on n’invoque que dans les textes magiques et qui n’a jamais d’autre rôle que cette médiation : c’est Marduk, dont le nom magique et suméro accadien est Silik-mulu-hi, «celui qui dispose le bien pour les hommes.» — « Je suis celui qui marche devant Èa, lui fait dire un hymne, je suis le guerrier, le fils aîné de Éa, son messager. »

 

Silik-mulu-hi révèle aux hommes les volontés et la science de Éa, et, en retour, il porte à Éa l’appel des hommes tourmentés par les esprits malins et par les maladies. C’est à lui que s’adresse ce beau fragment dont les expressions ont tant d’analogie avec celles du psaume CXLVII de la Bible:

 

«  Devant ta grêle qui se soustrait ? Ta volonté est un décret sublime que tu établis dans le ciel et sur la terre. Vers la mer je me suis tourné, et la mer s’est aplanie; — vers la plante je me suis tourné, et la plante s’est flétrie; vers la ceinture de l’Euphrate je me suis tourné, et — la volonté de Silik-mulu-hi a bouleversé son lit. — Seigneur, tu s sublime; qui t’égale?

 

Un hymne développe son rôle bienfaisant en termes retnarquables : « [Seigneur grand] du pays, roi des contrées, —... fils aîné de Êa, qui ramènes (dans leurs mouvements périodiques) le ciel et la terre, Seigneur grand du pays, roi des contrées, — dieu des dieux, — [ directeur] du ciel et de la terre, qui n’a pas d’égal, — [serviteur] d’Anna et de Mul-ge, — miséricordieux parmi les dieux, — miséricordieux, qui rappelles les morts à la vie, — Silik—mulu-hi, roi du ciel et de la terre,— roi de Babylone, roi de la Maison qui dresse la tête (la pyramide de Babylone), roi de la Maison de la main droite (la tour à étages de Borsippa), roi de la Maison suprême de vie (autre temple de Borsippa), — affermis le ciel et la terre ! — affermis autour le ciel et la terre! affermis la lèvre de vie! — affermis la mort et la vie! — affermis la digue sublime de la fosse de l’océan! L’ensemble des hommes qui ombragent leur tête (les hommes qui ont le droit de porter au-dessus de leur tête un parasol, insigne de puissance), —ce qui développe la vie, tout ce qui proclame la gloire dans le pays, — les quatre régions dans leur totalité, — les esprits divins des régions du ciel et de la terre dans leur totalité... Tu es le colosse [ — tu es celui qui vivifie... — tu es celui qui fait prospérer..., —le miséricordieux parmi les dieux, — le misériordieux qui rappelle les morts à la vie, Silik-mulu-hi, roi du ciel et dela terre, — j’ai invoqué ton nom, j’ai invoqué ta sublimité; — la commémoration de ton nom, que les dieux [ la célèbrent ; ] — la soumission à toi, qu’ils [ bénissent.] — Que celui dont la maladie est douloureuse soit [ délivré]. — [Guéris] la peste, la fièvre, l’ulcère.

 

Silik-mulu-hi est très nettement identifié dans cet hymne au Marduk de la religion babylonienne, et c’est aussi par Marduk que les traducteurs assyriens des textes magiques ont toujours rendu son nom.

 

 

Le texte ci-dessus nous apprend que Mardouk marche devant son père Ea.

 

Seulement voilà, si Ea est la Licorne, et Mardouk, le Grand Lion, celui-ci, au lieu de marcher devant lui, marche derrière lui.

 

Et si Ea était le Capricorne au lieu d’être la Licorne, le personnage qui marche devant lui est alors le Sagittaire, et, au-delà, un personnage qui est le Scorpion ou le Centaure.

 

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Pour en revenir à Mircéa Eliade, cet auteur aujoute, à propos de Zurvan (écrit également Zervan) et ses rapports avec Ohrmazd et Ahriman :

 

 

Zurvan n’est pas mentionné par Plutarque, mais le mythe des jumeaux et l’explication de leur souveraineté alternée sont présentés dans plusieurs sources tardives comme étant spécifiquement zurvanistes. Selon un père arménien, Eznik de Kolb, alors que rien n’existait, Zurvan (Zrwan, ce qui signifie «Destin» ou «Gloire») avait offert pendant mille ans un sacrifice afin d’avoir un fils. Et comme il avait douté de l’efficacité de son sacrifice (« De quelle utilité pourra bien être le sacrifice que j’offre? »), il conçut deux fils Ohrmazd, « en vertu du sacrifice offert », et Ahriman, « en vertu du doute susdit ». Zurvan décida de faire roi le premier né. Ohrmazd connut la pensée de son père et la révéla à Ahriman. Celui-ci déchira la matrice et sortit. Mais lorsqu’il eut déclaré à Zurvan qu’il était son fils, celui-ci  répliqua « Mon fils est parfumé et lumineux, et toi, tu es ténébreux et puant ». Alors naquit Ohrmazd, « lumineux et parfumé » ; et Zurvan voulut le consacrer roi. Mais Ahriman  lui rappela son voeu de faire roi le premier-né. Pour ne pas violer son serment, Zurvan lui accorda la royauté pour 9000 ans, après quoi Ohrmazd régnerait. Alors, continue Eznik, Ohrmazd et Ahriman «se mirent à faire des créatures. Et tout ce qu’Ohrmazd créait était bon et droit, et ce qu’Ahriman faisait était mauvais et tortueux ».

 

 

Sachant qu’Ahura Mazda et Ahriman sont jumeaux (en réalité, dans la mesure où l’un est un dieu et l’autre un démon, ils sont demi-frères jumeaux au lieu d’être de vrais frères), on peut les identifier, l’un, Ahura Mazda, avec l’égyptien Osiris, et l’autre, Ahriman, avec l’égyptien Set (appelé Typhon par les Grecs).

 

Dans le Roman Sabéen, nous avons assimilé Osiris à Orion, et Set à différentes constellations  (et notamment à la Licorne) en partant du principe qu’Orion et la Licorne sont quasiment de la même taille, ce qui fait d’eux des frères jumeaux.

 

A partir de là, on pourrait déduire, par analogie, qu’Ahura Mazda est l’expression d’Orion, et Ahriman, celle de la Licorne.

 

Seulement voilà, s’il en est ainsi, on ne lit nulle part qu’Orion est un Seigneur Sage.

 

En revanche, l’identification d’Ahura Mazda avec un Éa sumérien (ou suméro-accadien) qui incarnait la sagesse, est déjà plus assurée.

 

Et encore, si le bouc-poisson (ou la chèvre-poisson) – car Ea est cela – est le Capricorne, on ne voit pas comment ce Capricorne peut être, sous le nom d’Ahura Mazda,  le frère jumeau d’un Ahriman qui est l’expression de l’Hydre.

 

En revanche, si Éa (qu’on suppose être identique ici à Ahura Mazda)  est la Licorne au lieu d’être le Capricorne, le rapprochement avec un Ahriman qui est l’expression de l’Hydre, est déjà plus plausible.

 

Et si Ea est la Licorne, on peut voir dans la partie bouc, ou, chèvre, du personnage, la partie supérieure de la Licorne,  et dans sa partie poisson, au choix, l’Hydre ou, ce qui est déjà plus plausible, la partie arrière de la constellation appelée Licorne.

 

Maintenant, supposons que la chèvre était la constellation de la Vierge.

 

En ce cas, la chèvre poisson réunit en sa personne la Vierge et l’Hydre.

 

Et en ce cas aussi, le personnage qui ,sous le nom de Mardouk, précède Ea, est le Grand Lion. 

 

Sachant par ailleurs (voir texte d’Eliade cité plus haut, lui-même se réfèrant alors à Plutarque) que Mithra joue un rôle d’intermédiaire entre le grand dieu Ohrmazd (alias Ahura Mazda) et  le dieu démon Ahriman, on peut voir tour à tour, en Mithra, le Grand Lion, en Ohrmazd, la Licorne, et en Ahriman, l’Hydre.

 

Mais là encore, si Ohrmazd est la Licorne, dans la mesure où celle-ci se tient - du  moins pour une partie de la figure - dans la Voie Lactée, on ne voit pas comment le grand Ahura Mazda,  que tous les textes associent au lumineux séjour, peut être cette Licorne. D’autant que les cartes célestes montrent que la Licorne n’est une constellation majeure ni par sa forme ou son amplitude, ni par la luminosité de ses étoiles.

 

Supposons un instant, à partir de là, que les anciens iraniens divisaient l’univers en trois sphères,  un univers composé, en sa partie supérieure, d’un lumineux séjour symbolisant la paix et la tranquilité ; en sa partie intermédiaire, d’un espace - l’atmosphère - propice à des phénomènes tels que l’orage ou l’éclair, mais aussi à des phénomènes telle que la lumière (une lumière visible manifestée ici par le soleil durant la journée, et par la lune et les étoiles durant la nuit) ; et, en sa partie inférieure, d’un espace réservé d’un côté à la terre et aux enfers, et de l’autre aux eaux pures et douces de l’abzu (le mot est sumérien qui désigne un espace de pureté, lequel semble d’ailleurs faire lui aussi  le tour de l’univers).

 

Et supposons également que le lumineux séjour était associé à une Grande Ourse qui était son expression.

 

En ce cas, on peut considérer que le grand Ahura Mazda était, ou bien la Grande Ourse elle-même, ou bien une constellation située à proximité (comme par exemple le Bouvier).

 

Une chose est sure : si Ahura Mazda était bel et bien, sur le domaine iranien ancien,  l’incarnation du dieu unique et créateur de l’univers, de pareils attributs ne l’empêchaient nullement de se reposer de temps à autre, et notamment après avoir évincé Ahriman  et permis aux hommes d’accéder au paradis (cet endroit  où les êtres ne créent aucune ombre).

 

C’est ainsi du moins que l’on peut interpréter ce texte de Plutarque situé dans son Traité sur Isis et Osiris (cf. trad. de Mario Meunier, édit. L’Artisan du Livre, Paris 1924, page 151) :

 

 

La terre ne sera plus qu’une surface unie et régulière; il n’y aura plus qu’un même genre de vie, qu’une seule forme de gouvernement; les hommes seront heureux et tous ne parleront qu’une seule et même langue. Théopompe nous dit, d’après les Mages, que durant trois mille ans, ces deux divinités rivales [Oromaze et Arimane] domineront tour à tour et seront dominées, mais que, pendant trois autres mille ans, elles se combattront, se feront la guerre et détruiront l’une par l’autre tout ce qu’elles ont créé à la fin, Hadès lui-même sera vaincu; les hommes deviendront bienheureux, ils n’auront plus besoin de nourriture ef ne projetteront aucune ombre Les Mages ajoutent encore que le dieu [i.e. Oromaze] qui aura amené et produit de tels résultats se reposera et cessera d’agir pendant un laps de temps considérable, mais pas plus long pour un dieu que la mesure ordinaire du sommeil d’un homme. Telle est la façon dont parlent les Mages en leur mythologie.

 

 

Ce repos d’Ahura Mazda prouve une chose très importante : si l’on peut voir en lui, Ahura Mazda, le dieu maître du planisphère céleste, avant d’être cela il était lui-même une constellation. Et pas n’importe laquelle puisque celle-ci disparaît derrière le Toit du Monde une partie de l’année (un derrière qui s’apparente ici au Jardin d’Eden).

 

En d’autres termes, après avoir évincé l’Hydre de la partie visible du planisphère céleste et permis aux hommes de connaître le bonheur durant leur séjour sur terre (une terre qui se confond ici avec l’hémisphère sud du  planisphère céleste), Ahura  Mazda se retirait dans la partie cachée dudit planisphère (elle-même, partie cachée, tenant lieu d’espace de repos en même temps que de lumineux séjour).

 

En d’autres termes, quand les anciens Iraniens divisaient le monde en trois sphères, la sphère lumineuse, ou, ce qui revient au même, le lumineux séjour, se situait non seulement tout en haut du planisphère céleste, mais également dans sa partie cachée.

 

Quant au maître d’un pareil espace (son nom est Ahura Mazda),  il a beau incarner le dieu unique et maître de l’univers, rien n’empêche de voir en lui une constellation.

 

Et c’est précisément elle, constellation, qui rendait  lumineux l’endroit du planisphère céleste où elle se tenait cachée durant son temps de repos.

 

Bref, si le séjour en question était lumineux, il ne devait pas tant sa luminosité  à  la présence du soleil en son sein (un soleil qui au contraire circulait dans la partie intermédiaire du monde à trois sphères, en compagnie de la lune et des étoiles) qu’en raison de la présence en son sein de cette lumière éternelle qu’était Ahura Mazda - comparé à un Ahriman qui incarnait, lui, l’obscurité éternelle).

 

La question est de savoir  à quoi correspondait Ahura Mazda en termes de constellations !?

 

Sachant qu’Ahriman était, au choix, l’Hydre ou la Voie Lactée, le dieu au profil lumineux ne peut être que trois choses :  le Grand Lion, le Bouvier ou la Grande Ourse.

 

Supposons un instant qu’il était le Bouvier.

 

Notre Ahura Mazda a alors au-dessous de lui un Mithra qui, sous ses traits de Grand Lion, habitait dans la partie intermédiaire (ce lieu des batailles) de l’univers à trois sphères.

 

Et au-dessous de ces deux personnages, on trouvait, sous  le nom d’Ahriman, une Hydre qui avait l’habitude de ravager la terre et les terriens, en compagnie de ses coreligionnaires, chaque fois qu’elle se rendait visible dans l’hémisphère sud du planisphère céleste.

 

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Maintenant, supposons que le bœuf volé par un Ahura Mazda qui le cache alors sous des pierres en attendant de le transporter chez lui au moment du crépuscule afin  d’assourvir sa faim, supposons que  ce bœuf était le Bouvier.

 

En ce cas, Ahura Mazda ne peut pas être ce Bouvier.

 

En l’occurrence, le Seigneur Sage s’identifie au Grand Lion, lequel cache un Bouvier sous des pierres qui sont ici celles de la Grande Ourse.

 

Mais là est la subtilité de cette histoire : au lieu de dévorer le bœuf, notre Ahura Mazda ne dévore rien du tout.

 

En effet, s’en sont chargés les lézards ,les araignées,  et les mouches.

 

Manière de dire que le Bouvier est dévoré par l’Hydre, le Sextant, le Cratère, le Corbeau, Antlia et les Voiles au moment où il stationne derrière le Toit du Monde.

 

Quant au Grand Lion, voyant cela,  il n’a que les yeux pour pleuver.

 

Et si ce Grand Lion est ici Ahura Mazda, le même s’appellera Mithra dans l’Avesta.

 

Quant à l’Ahura de l’Avesta, on peut voir en lui l’expression du Bouvier.

 

On peut résumer le tout en disant qu’Ahura Mazda incarnait, sous ses traits de Bouvier, la sagesse éternelle, comparé à un Mithra qui, sous ses traits de Grand Lion, incarnait les puissances de la guerre (puissances ici au service du bien et de la lumière), et à un Ahriman qui s’identifiait aux enfers de la terre.

 

 

Et si Mithra était le Grand Lion, on peut considérer que son double au féminin (son nom est Anahita), était, au choix, le Petit Lion au la Vierge.

 

Pour en revenir à l’univers tripartite, on notera que le soleil circule dans sa partie intermédiaire (étant entendu que nous sommes ici sur un planisphère céleste qui voit la ligne de l’écliptique  serpenter dans  sa partie centrale). 

 

A cette aune, on peut voir dans le dieu Temps le soleil lui-même, lui qui serpente, en se déplaçant sur la ligne de l’écliptique, à l’intérieur de la bande intermédiaire - montant, dans un premier temps, en direction du point maximum associé au solstice d’été, avant de redescendre, durant les 6 mois suivants, vers le point le plus bas de sa trajectoire annuelle (lui-même, point minimal, étant associé au solstice d’hiver).

 

Ceci dit, l’image d’un dieu du Temps alliant plusieurs constellations (Grand Lion, Hydre, etc)  sous une même figure, semble mieux correspondre à ce pesonnage éminemment composite qu’était Zervan (ou Zurvan, de son nom complet : Zurvan Akarana – i.e. le temps infini).

 

Ce dieu du Temps semble avoir ressemblé à une sorte d’œuf qui était à la fois cosmique et  androgyne (avec une tête d’homme et de femme à l’intérieur, les deux étant positionnés au-dessus d’un cerf ou d’un bouquetin sur les bronzes du Luristan).

 

Une chose est sûre : le dieu-temps (ou du Temps), avec ses composantes cerf, lions, tête d’homme, tête de femme, etc., et avec ses trois formes représentant les trois grands âges que sont l’enfance (ou l’adolescence), la force de l’âge et la vieillesse, ce personnage appartient au planisphère céleste et à ses constellations. 

 

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Toujours à propos du temps divinisé, James Darmesteter montre comment  les anciens Perses qualifiaient les différentes facettes de ce personnage.

 

Ainsi, nous lisons dans Ohrmazd et Ahriman, leurs Origines et leur Histoire (Vieweg Librairie Editeur, Paris, 1877 ;  Bibliothèque électronique Gallica [BNF]  N0033051) :  

 

 

§ 244. L’on a vu dans le livre précédent que le monde dure 12,000 ans [1] ; mais ces 12,000 ans ne sont pas toute la durée du temps: le temps était avant et sera après; l’on distingue donc le temps limité et le temps illimité. Le premier s’étend depuis la création jusqu’à la résurrection : «puisses-tu briller, ô Atar, dit une invocation de l’Avesta, toute la durée de la longue période de temps qui s’étend jusqu’à la puissante résurrection et pendant la puissante résurrection elle-même [2].» L’expression technique pour désigner cette longue période de temps, est Zrvânem dareghô-qadhâtem ouvayam dareghô-qadhâtîm [3], «le temps ou la période à la longue souveraineté»; l’expression technique pour désigner le temps illimité est Zrvânem akaranem ou «le Temps sans bornes [4]». C’est le Temps sans bornes qui est le principe suprême des Zervaniens.

 

L’Avesta ne connaît le Temps sans borne que dans les formules: les Sirouzeh invoquent: « le ciel souverain, le Temps à la longue souveraineté, le Temps sans bornes. » Ces invocations prouvent du moins que la religion orthodoxe personnifiait le Temps. Dans les premières lignes du Bundehesh se trouvent ces mots «Ormazd dure toute la durée du Temps sans bornes. Son temps est et sera toujours [5]» ; le Temps n’est pas encore au-dessus d’Ormazd, ils coexistent, mais il a déjà là une existence indépendante qui va devenir dans les sectes une existence souveraine.

 

Cette transformation s’est faite par l’intermédiaire de ces deux idées : 1° le Temps est le Destin; 2° c’est le Destin qui amène toute chose.

 

Notes

 

1. Voir page 296.

2. Yaena 61. 8.

3. Vaya = védique vayd branche (?). Il s’est établi dans l’esprit des Parses, à la faveur de ce mot, un rapport obscur entre Vayu et le Temps. On se rappelle que Vayu, le Vâyu indien et judo-iranien, s’est divisé dans l’Iran entre les deux principes et a donné un bon Vayu et un mauvais Vayu (page 411); cela, parce que Vayu, l’atmosphère, étant le siège primitif de la lutte mythique, donne place à la fois au dieu et au démon et, par suite, appartient pour une partie à l’un, pour une partie à l’autre. Ces deux Vayu paraissent dans le Minokhired (2. 115), où ils se disputent l’âme des morts sous les noms de Vaê i veh ,Vaê i bad, «bon Vayu, mauvais Vayu»; ici les Parses reconnaissent encore, au moins matériellement, l’ancien Vayu ; ils font de Vaê i veh «le dieu de la joie» ânanda-iagada, ce qui est la traduction du nom ordinaire de Vayu, Râman (par opposition, Vaê i bad devient le « dieu de la tristesse » vishâda-deva) ; mais ailleurs (47. 8), Vaê i bad devient une des formes de la Destinée avec laquelle il est cité, et est défini «le Temps sinistre, en tant qu’amenant le mal » (Kâlo vishâda-rûpî nikrishtas); selon le Goshti Fryân, le juste entre tous, c’est Vayu le Bon, qui ne favorise personne, qui ne se laisse point corrompre et rend égale justice au seigneur et à l’esclave (3. 34; éd. West 228-258); selon le Siffat i Sirouzeh, le Destin est présidé par Râm, c’est-à-dire par Vayu, et déjà le Sirouzeh (21) réunit dans ses invocations Râman et Vayu avec Thwâsha et Zervan (le Ciel et le Temps), maîtres naturels de la destinée. On a transféré à Vayu le sens et par suite les fonctions de Vaya, c’est-à- dire de Zervan même.

4. Sirouzeh 21.

5. Bundehesh 1. 40, 11.

 

 

Dans cet extrait, on peut considérer qu’Atar est à la fois un fils d’Ahura Mazda et l’expression, en tant que génie du Feu, de l’Eclair.

 

Sachant, avec François Lenormant, qu’Adar était le 12ème et dernier mois du calendrier (lequel renvoie ici à la période février-mars durant laquelle on déposait les semailles), on peut en déduire que la résurrection mentionnée par Darmesteter avait lieu à l’équinoxe de printemps.

 

C’est du reste les mots «création» ou «organisation du monde» que François Lenormant associe au mois suivant (appelé  «nisan»), lui-même correspondant à la période mars-avril.

 

Toute la question, à partir de là, est de savoir comment interpréter la nouvelle création du monde, ou, ce qui revient au même, comment interpréter le renouveau du monde associé à la nouvelle année, en termes de constellations.

 

Certes, nous savons que le Nouvel An coïncidait le plus souvent, à cette époque, avec l’équinoxe de printemps (et non avec le solstice d’hiver, comme c’est le cas de nos jours), mais comme la carte du ciel varie, en termes de constellations, toutes les heures en raison de la rotation de la terre, on est bien obligé de savoir à quelle heure du jour ou de la nuit les observateurs de l’époque regardaient le ciel au moment de concocter pour nous un récit cosmogonique qui associait l’arrivée du Nouvel-An avec tel ou tel mouvement des étoiles, des planètes ou des constellations dans le ciel astronomique, et ses conséquences obligées, au niveau atmosphérique et terrestre,  en termes d’orage, de crue des fleuves, et de  renouveau de la vie sur terre. 

 

Supposons que ces mêmes observateurs regardaient le ciel aux alentours de minuit.

 

En ce cas, on peut établir le scénario suivant : le Bouvier (alias Ahura Mazda) donne l’ordre au Grand Lion (alias Mithra) de chasser la Voie Lactée qui est  située devant lui, un Mithra qui, sous ses traits de « dieu aux larges prairies », ouvre alors tout grand l’espace nécessaire au déployement des étoiles appartenant à l’armée divine. 

 

A cette aune, quand l’Avesta nous parle d’un Mithra maître des grands paturages, on peut considérer que ces paturages-là grandissent  à mesure que le Grand  Lion chasse la Voie Lactée qu’il a devant lui, à l’extérieur du planisphère céleste.

 

Et peuit-être le taureau tué par Mithra était-il l’expression de la Voie Lactée, un taureau qui, après avoir traversé le planisphère avec Mithra  derrière lui (un Mithra qui est ici dans le rôle du Grand Lion), était capturé puis tué par lui lorsque la Voie Lactée et le Grand Lion stationnent tous les deux dans la partie invisible du planisphère céleste (lui-même, espace invisible, ressemblant alors à un rocher).

 

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Sur le déroulement de la tauroctonie, les auteurs du site http://atlantides.free.fr/taureau.htm nous apprennent ceci:

 

 

La tauroctonie (le sacrifice du taureau) est au centre de la liturgie des banquets sacrés. Mithra poursuit le taureau, s'agrippe à lui, le garrotte, le traîne par les pattes de derrière jusqu'à un antre où l'animal est frappé au cœur par l'épaule gauche.

Symboliquement, du corps de la victime, naissent toutes les herbes et plantes salutaires, de sa moelle épinière, germe le blé, qui donne le pain de la vie, et, de son sang, la vigne, qui produit le breuvage sacré des mystères.

 

Plusieurs représentations montrent Mithra chevauchant le taureau. Le taureau est souvent figuré dans une sorte de barque ou de croissant lunaire (la lune est considérée comme "renfermant la semence du taureau", et l'on sait par le néo-platonicien Porphyre que l'astre passait pour être source de vie, réservoir des âmes).