Mars et Moloch, même dieu,

même combat, mêmes rites sacrificiels

 

 

 

 

Dans la littérature religieuse ou mythologique, on rencontre souvent l’équation Mars=Arès=la planète Mars, une planète réputée pour être la plus guerrière de toutes les planètes du système solaire.

 

Mais on lit moins souvent, dans cette même littérature, que le dieu Arès des Grecs était la représentation, dans une religion qui est alors sabéenne, de la constellation appelée Dragon.

 

Et c’est ce même Dragon qui, sous le nom de Moloch dévorait les premiers nés des Juifs dans l’antique religion judaïque.

 

Supposons, à partir de là, que celle-ci était sabéenne.

 

On peut alors démontrer que le Dragon dévore des personnages qui, sous le nom du Bouvier et d’Hercule, incarnent les premiers nés de Juifs qui sont ici la Chevelure de Bérénice, le Bouvier, la Couronne Boréale, Hercule, le Serpent Caput, Ophiucus et le Serpent Cauda.

 

En fait, la lecture des cartes célestes montre que c’est une illusion de penser que le Dragon dévore le Bouvier et Hercule.

 

En effet, dans la mesure où ce même Dragon campe, avec ses étoiles, sur la frontière  nord du planisphère céleste, à l’instant même où le Bouvier et Hercule ont disparu, eux,  de sa partie visible, les poètes  théologiens, en observant le ciel et ses étoiles à tel moment particulier de la nuit (on est ici dans le calendrier journalier), ou à tel moment particulier de  l’année (on est là dans le calendrier annuel),  ont mis la disparition du Bouvier et d’Hercule sur le compte du Dragon.

 

Et comme celui-ci s’appelle ici Moloch, c’est comme si le dieu Moloch dévorait les  premiers nés des Juifs.

 

Même tableau dans le mythe aztèque : quand le dieu solaire au profil de guerrier Huitzilopochtli dévore, ou bien les premiers nés des souverains, ou bien les soldats ennemis devenus des esclaves que les prêtres sacrifiaient sur l’autel de la pyramide après leur avoir arraché le cœur,  ce dieu-là est lui aussi l’incarnation du Dragon.

 

Ce même Dragon se nourrissant du sang de ses victimes, on comprend, à partir de là, d’où vient la légende  de Dracula.

 

Et parce que la constellation incarnait, dans l’ancienne religion sabéenne, le feu céleste, quand les nouveaux nés des Juifs (qui sont ici les ancêtres des Juifs actuels) traversent le brasier, ils représentent eux-mêmes des constellations divines qui, au moment indiqué, sont en train d’entamer une deuxième ronde sur le planisphère céleste.

 

Et tandis que la fin du premier tour était synonyme pour elles de mort en tant qu’étoiles (étant entendu qu’elles disparaissent à cet instant de la partie visible du planisphère), le début du second tour est synonyme de renaissance (elles qui réapparaissent alors dans la partie visible du planisphère céleste après avoir stationné dans son espace invisible).

 

Mais là est la clé de l’affaire : pour renaître, nos nouveaux nés doivent traverser un espace (l’arrière pays situé derrière le pôle nord) qui est éclairé, depuis la frontière du planisphère céleste, par un Dragon qui a quitté l’intérieur du planisphère pour venir s’installer sur le Toit du Monde (lui-même renvoyant au planisphère céleste).

 

C’est  donc à travers les flammes associées à  un bûcher pareil, que les premiers nés des Juifs devaient passer, en guise de parcours initiatique. Et parce que nous sommes ici dans une religion judaïque qui est sabéenne, le dit parcours consiste, pour les constellations membres de la troupe divine, à subir l’épreuve incarnée par le Dragon, avant de pouvoir réintégrer la partie visible du planisphère céleste et  entamer de cette façon un nouveau tour de roue.

 

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Même tableau, ou presque, dans l’Iliade d’Homère.

 

En effet, quand, dans ce texte, le dieu Arès, bien qu’étant du côté des Troyens dans leur lutte contre les Grecs, est le meilleur ami de Ménélas, ce même Arès, au lieu d’incarner la planète Mars (ce que d’ailleurs il peut être) incarne la constellation du Dragon.

 

Même tableau encore dans le récit romain : là, quand la légende sur les origines de la Rome antique fait de Mars le père de Rémus et de Romulus, on peut considérer que ce Mars-là est tout autant la constellation appelée Dragon que la planète Mars.

 

Dans la version sabéenne des origines de Rome, ce Dragon (si Mars est cela) donne  naissance à un Serpent Caput qui s’appelle Rémus, et à un Hercule qui s’appelle Romulus.

 

Quant à la mère des deux jumeaux, on peut voir en elle l’expression de la Couronne Boréale.

 

Et si  Mars était l’Hydre, comme on le verra plus bas et dans un autre article, on peut alors considérer que Rémus était son expression dans le monde des héros, comparé à un Romulus qui était, lui, le Grand Lion.

 

Même tableau toujours dans la Bible : là, on peut imaginer que le Dragon, avec ses étoiles, y est représenté, tour à tour par le terrible Nemrod dans l’ancien Testament, et, au choix, par les Ninivites (qui nous renvoient à une époque de l’histoire des Juifs qui voit leur pays être occupé par les Assyriens), ou, autre variante, par Pilate et sa bande de soldats armés (qui nous renvoient, eux, à une époque qui voit cette même nation juive être gouvernée par Hérode et ses descendants, lequel peut alors s’appuyer sur les armées romaines pour exercer sa fonction), dans le Nouveau Testament.

 

Quoi qu’il en soit des conditions historiques ayant présidé à la vie des Israélites sous l’antiquité, il se trouve que partout le méchant aux allures de guerrier est représenté au ciel par le Dragon, lui qui incarne en sa personne  la guerre et le carnage.

 

On peut donc considérer que c’est lui le grand dieu de l’orage qui lance la foudre sur ceux qui n’obtempèrent pas.

 

Et si ce dieu-là était le Grand Lion au lieu d’être l’Hydre, comme une étude comparative semble l’attester, il se trouve que le Dragon est celui qui dévorait les premiers nés du peuple divin (représenté ici par des constellations) lorsque celles-ci recommencent une nouvelle ronde sur le planisphère céleste après avoir disparu dans son espace invisible.

 

Ce Dragon est feu car la constellation a cette apparence, elle qui symbolisait le bûcher.

 

Et si ce feu-là s’appelait, possiblement,  Agni dans la religion védique, Soma, lui, incarnait la Grande Ourse (à propos des aventures d’Agni et de Soma, voir le tome 1 qu’Abel Bergaigne consacre aux dieux védiques).

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En résumé, quand les récits mentionnés plus haut rapportent que les enfants nouveaux nés sont immolés à la divinité, ce dieu-là est, dans la religion sabéenne, le Dragon.

 

Quant aux nouveaux-nés, en tant qu’ils sont, dans le roman sabéen, des constellations, celles-ci sont alors le  Bouvier dans un cas, et Hercule dans l’autre cas.

 

Et pourquoi eux et pas les autres ?

 

Réponse : car les Anciens partaient du principe que l’année débutait à l’équinoxe d’automne.

 

Et comme les deux constellations précitées quittent à cet instant la partie visible d’un planisphère céleste dominée alors par le Dragon, ils devaient passer sur le bûcher incarné par ce même Dragon  pour avoir le droit de réapparaître sur ce même planisphère.

 

Et parce que la religion concernée, bien que sabéenne, était chamanique, c’est par des offrandes faites au Dragon et aux autres divinités (qui sont ici des constellations) que les anciens (qui sont ici des prêtres chamanes astrologues) parvenaient à faire revenir les constellations dans la partie visible du planisphère céleste.

 

Même tableau quand le dieu est le soleil : lui-même, pour réapparaître, avait besoin de se nourrir des offrandes faites par ceux des hommes qui, sur terre, attendaient son retour après les longs mois d’hiver ou après toute une nuit dans l’obscurité.

 

Et ce qui vaut pour le soleil vaut également pour les constellations, dont le Dragon.

 

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A cette aune, quand nous lisons, sous la plume d’un Charles François Dupuis qui fut un pionnier dans l’analyse de l’ancienne religion sabéenne, le propos rapporté  ci-dessous 

 

(cf. Origine de tous les cultes, ou Religion  universelle, livre III, chap. 18 : Des divinités syriennes et chaldéennes, Baal, Belus, Baal-Berith, Baal-Gad, Beel-Phégor, Belzebut, Beelzephon, Adramelech, Anamelech, Moloch, Nergal, Nisrooh, Nebo, Succoth, Benoth ; Paris 1822, pages 526 à 530) :

 

On peut considérer que Mars  et  Moloch  sont tous les deux l’expression du Dragon.

 

 

Nous ne disconvenons point qu'il y ait eu une idole du soleil Mithra, avec les attributs du boeuf, invoquée sous le nom de Melech et de roi, qu'on lui ait uni l'emblème du système planétaire, comme en Grèce on mettait la lyre dans la main d'Apollon, et la flûte aux sept tuyaux dans celle de Pan. On prétendait onc que l'image de ce Moloch était creuse, et que sa concavité était divisée en sept parties on chambres particulières, que l’on ouvrait pour y déposer des offrandes  (b). Chaque chambre était destinée à recevoir une offrande particulière, dont la nature variait à raison du rang ou de la place de cette chambre. Ainsi, dans la quatrième, on mettait le  bélier, dans la cinquième le veau, dans la sixième le boeuf; et ceux qui voulaient offrir un enfant, étaient admis à déposer cette offrande humaine dans la septième chambre. Les mains de l’idole étaient disposées de manière à paraître solliciter les offrandes. On dansait autour au son des instruments les plus bruyants, pour étouffer les cris des malheureuses victimes qu'on brûlait dans les flancs de cette affreuse divinité. Nous tenons des rabbins Siméon et Salomon cette description; eux seuls sont garants de cette tradition. Le rang qu'occupait la chambre - dans laquelle on brûlait les victimes humaines, semblerait indiquer que cette offrande était faite à Saturne, dévoreur d'enfants, qui occupe la septième place dans le système planétaire [157]. Cette conjecture semble encore appuyée du témoignage des anciens, qui racontent que les Carthaginois venus de Phénicie, jetaient aussi des enfants dans la statue de Saturne, autour de laquelle était allumé un grand feu (a). N’eût pas mieux valu, dit Plutarque, avoir Gitas ou Diagoras, c’est-à-dire des athées pour législateurs, que de recevoir de pareilles lois religieuses? C’est bien ici l’occasion d’appliquer ce fameux vers de Lucrèce : « Tant la religion a produit de maux et consacré de crimes !» Dans le temps qu’Agathocle était prêt de mettre le siège devant Carthage, les habitants de cette ville, réduits à l’extrémité, immolèrent à leur divinité  deux cents enfants des meilleures maisons de Carthage,  et outre cela, puis de trois cents citoyens qui s'offrirent volontairement en sacrifice. Diodore prétend que les mains de l’idole étaient disposées de manière à ce que l'enfant qu’on posait dessus, tombât immédiatement dans une ouverture et dans une fournaise pleine de feu. Peuple, voilà tes Dieux tels que les ont faits tes prêtres. Que sont cependant ces assassinats religieux en comparaison de ceux de la Vendée ? Plutarque n’aurait-il pas encore raison de dire que Diagoras n’eût jamais fait autant de maux que ceux que le fanatisme religieux a produits dans ces contrées malheureuses. Oui, nos prêtres sont les descendants des féroces druides qui arrosaient de sang humain l'autel de leur Dieu Mars, d'Hésus (b), le Moloch des Gaulois, divinité bien digne du titre de roi. Cette ressemblance pourrait aussi faire croire que c'était à Mars , dont la planète portait le nom de Moloch , à Mars, Dieu des combats et du carnage, que s’adressaient ces sortes de sacrifice,. C'est ce Dieu des combats que devaient naturellement invoquer les Carthaginois pour obtenir des secours dans la guerre malheureuse qu'ils faisaient contre Agathocle.

 

D'ailleurs, ces cérémonies religieuses de Moloch avaient pour objet le culte du feu, élément affecté au bélier, auquel préside Mars. L'ancienne année des Perses (a) commençait par le mois azur, ou par le mois du feu. Ce nom était celui du feu et de la planète de Mars appelée azar et azer (b), à cause de sa couleur de feu : car cette planète est très rouge. Hyde ajoute que c'était cette planète que les Sepharaïtes adoraient sous le nom d’Adra Melech, ou Adar Melech, et qui donna son nom au mois adur ou azar, planète de feu, de nature féroce dit Hyde, et qui est d'un heureux présage dans les combats. Le nom azur entre dans la composition de l'ange Azurghushaps, ange cruel et féroce, qui préside à la garde du feu (e), au milieu duquel il est toujours.  Tel était Moloch, que l'on honorait en faisant passer les enfants à travers des brasiers disposés des deux côtés de leur passage. Les adorateurs du feu (d), dit Maimonide, publiaient que ceux qui ne faisaient point passer leurs enfants par le feu, les exposaient au danger de mourir. C'est cette cérémonie qui, suivant les livres hébreux, se faisait en honneur de Moloch, chez les Ammonites et dans, la vallée d'Eunom (e). On y faisait passer les enfants par le feu ou entre deux bûchers (f). Il parait qu'il ne s'agissait que d’une simple purification par l'élément du feu, dans cette cérémonie; ce qui n’empêche pas que, dans d'autres circonstances, comme à Carthage, on ne brûlât quelquefois ces victimes malheureuses. C'est par là que l'on pourra concilier les opinions des différents auteurs, dont les uns prétendent que l’on allait jusqu’à brûler ces innocentes victimes, et d’autres, qu'on les faisait simplement passer par le feu.  Ovide parle d'une fête à peu près pareille qui se faisait aux fêtes Pallies, à l'entrée du soleil au taureau céleste, ou à l’ancien  signe équinoxial du printemps. Il apporte diverses raisons de cet ancien usage (b); et plusieurs ont rapport à la fondation de Rome, bâtie par un fils de Mars, et à la découverte du feu. Il y avait une idole de Moloch, comme nous l'avons vu plus haut, qui portait sur sa tête les attributs du signe du taureau, sous lequel se faisait la cérémonie dans laquelle on passait à travers le feu chez les Romains, comme chez les adorateurs de Moloch en Syrie.

 

Les dévots à Apollon, ou  au Dieu-soleil,  adoré sur le mont Soracte en Italie, passaient sur les charbons, pieds nus, sans se faire mal (c). La même chose se pratiquait dans le même pays, en honneur de la Déesse de Féronie (d). Une foule de peuple se rendait tous les ans à cette fête, pour jouir de ce spectacle. La même cérémonie avait lieu en Cappadoce au temple de Diane Perasa (e), ou de Diane Tauropole, ou de la lune, qui a son exaltation au signe céleste du taureau, dont Moloch, suivant les rabbins, portait les attributs, lesquels étaient ceux d’Isis, d'Astarté, d'Apis, de Mithra, ou du soleil et de la lune de printemps autrefois.

 

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Tout à l’heure, nous avons vu que Mars (ou Arès) et Moloch renvoient ou bien à une planète qui s’appelle Mars (elle-même étant guerrière), ou bien à une constellation qui est le Dragon.

 

Ceci dit, on peut également associer Arès à l’Hydre plutôt qu’au Dragon.

 

On notera, toujours à propos d’Arès, que celui-ci s’appelait Anhouri (alias Anour, alias Onouris) aux dires d’Hérodote.

 

Ce personnage, nous le découvrons également dans les œuvres de Gaston Maspero.

 

De lui, nous lisons dans :

 

Les contes populaires de l’Egypte ancienne

par Gaston Maspero

4e édition

Librairie orientale et américaine, E. Guilmoto, Éditeur

Paris 1911

 

aux pages 306 et suivantes :

 

 

L’aventure du sculpteur Pétêsis et du roi Nectonabo (époque ptolémaïque)

 

Le papyrus grec qui nous a conservé ce conte faisait primitivement partie de la collection Anastasi. Acquis par 1e de Leyde en 1829, iI y fut découvert et analysé par Reuvens, Lettres à M. Letronne sur les Papyrus bilingues et grecs et sur quelques autres monuments gréco-égyptiens du Musée d’antiquités de Leyde, Leyde, 4830, in4°, ‘76-79.

 

Il fut ensuite publié entièrement, traduit et commenté par Leemans, Papyri Graeci Musei Antiquarii Publici Lugduni-Batavi Lugduni Batavorum 1843-1885, p. 122-120.

 

Il a été étudié depuis lors par : U. Wilcken, der Traum des Königs Nektonabos (extrait du volume des Mélanges Nicole, p. 579- in-8°, Genève, 1006, 18 p.,  et par St. Witkowski, In Somnium Nectanebi (Pap. Leid. U), observationes aliquot scripsit (extrait de l’Eos, t. xiv, pp. 11-18), in-8°, Léopold, 1008, 8 p.

 

La forme des caractères et la contexture du papyrus avaient déterminé Leemans à placer l’écriture du morceau dans la seconde moitié du deuxième siècle avant notre ère : Wilcken l’a reportée à la première moitié du même siècle, et il l’attribuerait volontiers à un personnage qui vivait alors dans le cercle des reclus du Sérapéum. La partie conservée se compose de cinq colonnes de longueur inégale. La première, fort étroite, comptait douze lignes; quelques mots seulement y sont lisibles, qui permettent de rétablir par conjecture le titre du conte, « du sculpteur Pétêsisau roi Nectonabo ». La seconde et la quatrième comptaient vingt et une lignes chacune, la troisième vingt-quatre. La cinquième ne contient que quatre lignes, après lesquelles le récit s’interrompt brusquement au milieu d’une phrase, comme la Querelle d’Apôpi et de Saqnounriya au Papyrus Saluer n° 1. Le scribe s’est amusé à dessiner un bon homme contrefait au-dessous de l’écriture et il a laissé son histoire inachevée.

 

L’écrivain à qui nous devons ce morceau ne l’avait pas rédigé lui-même, d’après un récit qui lui en aurait été fait par un conteur de profession : les erreurs dont son texte est rempli prouvent qu’il l’avait copié, et d’après un assez mauvais manuscrit. Le prototype était-il conçu en langue égyptienne. Les mots égyptiens qu’on trouve dans la rédaction actuelle l’indiquent suffisamment. Le sculpteur Pétêsis nous est inconnu. Le roi Nectanébo, dont le nom est vocalisé ici Nectonabo, était célèbre chez les Grecs de l’époque alexandrine, comme magicien et comme astrologue : il était donc tout indiqué pour avoir un rêve tel que celui que le conte lui prête. L’ouvrage démotique d’où j’ai extrait l’Histoire du matelot renferme de longues imprécations dirigées contre lui. Le roman d’Alexandre, écrit longtemps après par le pseudo-Callisthène, prétend qu’il fut père du conquérant Alexandre, aux lieux et place de Philippe le Macédonien. Le conte de Leyde, transcrit deux cents ans environ après sa mort, est, jusqu’à présent, le premier connu des récits plus ou moins romanesques qui coururent sur lui dans l’antiquité et pendant la durée du Moyen Age.

 

L’an XVI, le 21 de Pharmouti, dans la nuit de pleine lune qui va au 22, le roi Nectonabo, qui présidait à Memphis, ayant fait un sacrifice et prié les dieux de lui montrer l’avenir (1), imagina qu’il voyait en songe le bateau de papyrus appelé Rhôps (2) en égyptien aborder à Memphis :

 

Notes :

 

(1) C’est le même début que dans le conte utilisé par les Égyptiens pour expliquer l’Exode des Juifs et que Manéthon avait consigné dans son ouvrage : Aménophis aurait désiré voir les  dieux, comme Horus l’avait fait avant lui (Josèphe, Contra Apionem, I, 26), et les dieux offensés de son désir, lui auraient prédit la ruine.

 

(2) J’avais conjecturé, dans la précédente édition de cet ouvrage (p. 255, note 2) que l’original égyptien de ce mot était romes, rames, qui désigne une sorte de barque (cf. p. 435 note 2 du présent volume) Wilcken a retrouvé depuis lors, dans un papyrus de Paris, une forme Rhômpsis, qui est plus proche du terme égyptien que Rhôps (der Traum des Königs Nectonabos, p. 587), et ce qui n’était qu’une conjecture est devenu une réalité. Le mot égyptien s’est conservé dans le terme ramons usité en Nubie et en Haute-Égypte (Burckhardt, Travels in Nubia, p. 247) pour désigner un canot de joncs (cfr. Maspero, Notes d’inspection, §11, dans les Annales du Service des Antiquités, 4909, t. x, p. 138-141).

 

il y avait sur ce bateau un grand trône, et sur le trône était assise la glorieuse, la distributrice bienfaisante des fruits de la terre, la reine des dieux, Isis, et tous les dieux de l’Égypte se tenaient debout autour d’elle, à sa droite et à sa gauche (1). L’un d’eux s’avança au milieu de l’assemblée, dont le roi estima la hauteur à vingt coudées, celui qu’on nomme Onouris en égyptien (2), Arês en grec, et, se prosternant, il parla ainsi :

 

« Viens à moi, déesse des dieux, toi qui as le plus de puissance sur la terre, qui commandes à tout ce qui est dans l’univers et qui préserves tous les dieux, ô Isis, sois miséricordieuse et m’écoute. Ainsi que tu l’as ordonné, j’ai gardé le pays sans faillir, et, bien que jusqu’à présent je me sois donné toute peine pour le roi Nectonabo, Samaous (3), entre les mains de qui tu as constitué l’autorité, a négligé mon temple et il s’est montré contraire à mes lois. Je suis hors de mon propre temple, et les travaux du sanctuaire appelé Phersô (4) sont à moitié inachevés par

 

Notes

 

(1) C’est la description exacte de certaines scènes assez fréquentes dans les temples d’époque ptolémaïque et romaine.

 

(2) La transcription adoptée aujourd’hui pour ce nom est Anhour, Anhouri, Onhour. Anhouri est une des nombreuses variantes du dieu soleil ; il était adoré, entre autres, dans le nome Thinite et à Sébennytos. On le représente de forme humaine, la tête surmontée d’une couronne de hautes plumes et perçant de la pique un ennemi terrassé. La XXXe dynastie étant Sébennytique d’origine, Anhouri en était le protecteur en titre ; le premier Nectanébo s’intitulait dans son cartouche Méionhouri, l’aimé d’Onouris.

 

(3) L’équivalent hiéroglyphique de ce nom n’a pas encore été retrouvé dans les textes. Wilcken (der Traum des Königs Nectonabos pp. 586-589 croit y reconnaitre une transcription du nom de bannière de Nectanébo Tamâou, et, par suite, la personne du souverain lui-même. Mais le nom de bannière n’est pas Tamâou seul, il est Hor-tamâou et il me paraît difficile de croire que l’écrivain eût passé dans sa transcription un élément aussi important que le nom d’Horus. Witkowski de son côté (In Somnium Nectanebi, p. 14-15) préfère voir dans Samaous, comme Leemans l’avait fait avant lui, le nom du gouverneur de la ville.

 

(4) Wilcken (der Traum des Königs Nektonabos, p. 589-590 a rétabli ici ce membre de phrase qui manque dans l’original. D’après des inscriptions recueillies dans, les ruines de Sébennytos, le nom d’un des principaux sanctuaires de cette ville était Per-Shôou «la maison du dieu Shôou-Shou» (Ahmed bey Kémal, Sétennytos et son temple, dans les Annales du Service des Antiquités, 1906, t. VII, p. 90); peut-être correspond-il à notre Phersô.

 

 

 « la méchanceté du souverain ». La reine des dieux, ayant ouï ce qui vient d’être dit, ne répondit rien.

 

Ayant vu le songe, le roi s’éveilla et il ordonna en hâte qu’on envoyât à Sébennytos de l’intérieur (1), mander le grand-prêtre et le prophète d’Ououris. Quand ils furent arrivés à la salle d’audience, le roi leur demanda :

 

« Quels sont les travaux en suspens dans le sanctuaire appelé  Phersô? » Comme ils lui dirent «Tout est terminé sauf la gravure des textes hiéroglyphiques sur les murs de pierre », il ordonna en hâte qu’on écrivît aux principaux temples de l’Égypte pour mander les sculpteurs sacrés. Quand ils furent arrivés selon l’ordre, le roi leur demanda qui était parmi eux le plus habile, celui qui pourrait ter miner promptement les travaux en suspens dans le sanctuaire appelé Phersô? Cela dit, celui de la ville d’Aphrodite, du nome Aphroditopolite, le nommé Pétêsis, fils d’Ergeus, se leva et dit qu’il pourrait terminer tous les travaux en peu de jours (2). Le roi interrogea de même tous les autres, et ils affirmèrent que Pétêsis disait vrai, et qu’il n’y avait pas dans le pays entier un homme qui l’approchât en ingéniosité. C’est pourquoi le roi lui adjugea les travaux en question, et il lui confia ensemble de grandes sommes, et il lui recommanda de s’arranger

 

Notes

 

(1) Sébennytos est dite ici de l’intérieur pour la distinguer de l’autre ville du même nom, qui était située près de la mer (Wilcken, der Traum des Königs Nektonabo, p. 590)

 

(2) La reine Hatshopsouitou se vante d’avoir fait extraire de la carrière, près d’Assouan, transporter à Thèbes, sculpter, polir, ériger, le tout en sept mois, les deux grands obélisques de granit rose dont l’un est encore debout à l’entrée du sanctuaire du temple de Karnak. La rapidité avec laquelle on exécutait des travaux de ce genre était une marque d’habileté ou de pouvoir dont on aimait à se vanter. L’auteur de notre conte est donc dans la tradition purement égyptienne, lorsqu’il nous représente son architecte fixant un délai très bref à l’accomplissement des travaux.

 

 

pour avoir terminé l’ouvrage en peu de jours, ainsi qu’il l’avait dit lui-même selon la volonté du dieu. Pétêsis, après avoir reçu beaucoup d’argent, se rendit à Sébennytos, et comme il était par nature biberon insigne, il résolut de se donner du bon temps avant de se mettre à l’oeuvre.

 

Or il lui arriva, comme il se promenait dans la partie méridionale du temple, de rencontrer la fille d’un parfumeur (1), qui était la plus belle de celles qui se distinguaient par leur beauté en cet endroit…

 

Le récit s’arrête au moment même où l’action s’engage. La rencontre faite par Pétêsis dans la partie méridionale du temple rappelle immédiatement à l’esprit celle que Satni avait faite sur le parvis du temple de Phtah (2). On peut en conclure, si l’on veut, que l’auteur avait introduit dans son roman une héroïne du genre de Tboubouî. Peut-être l’intrigue reposait-elle entière sur l’engagement un peu fanfaron que l’architecte avait pris de terminer les travaux de Phersô en cent jours. Le dieu Onouris, mécontent de voir Pétêsis débuter par le plaisir dans une oeuvre sainte, ou simplement désireux de lui infliger une leçon, lui dépêchait une tentatrice qui lui faisait perdre son temps et son argent. Il y a place pour bien des conjectures. Le plus sûrestdenes’açrêterà aucune d’elles et d’avouer que rien, dans les parties conservées, ne nous permet de dé terminer avec une certitude suffisante quelles étaient les péripéties du drame ou son dénouement.

 

Notes

 

(1) J’ai suivi ici la lecture et la correction de Wilcken Witkowski (in Somnium Nectonabi, p.17) préférerait reconnaître dans le mot grec le nom de la jeune fille.

 

(2) Voir p. 144 sqq. du présent volume.

 

 

****

 

Ce qui nous intéresse, dans ce texte, c’est le rôle joué par Anhouri (alias Onouris, alias Arès), dans le roman sabéen.

 

A son sujet, lui-même, Onouris, fait la déclaration suivante :

 

 

« Viens à moi, déesse des dieux, toi qui as le plus de puissance sur la terre, qui commandes à tout ce qui est dans l’univers et qui préserves tous les dieux, ô Isis, sois miséricordieuse et m’écoute. Ainsi que tu l’as ordonné, j’ai gardé le pays sans faillir, et, bien que jusqu’à présent je me sois donné toute peine pour le roi Nectonabo, Samaous, entre les mains de qui tu as constitué l’autorité, a négligé mon temple et il s’est montré contraire à mes lois. Je suis hors de mon propre temple, et les travaux du sanctuaire appelé Phersô sont à moitié inachevés par « la méchanceté du souverain ».

 

La reine des dieux [Isis], ayant ouï ce qui vient d’être dit, ne répondit rien.

 

 

Sachant cela, on saura qui est Anhouri (qui est, dans le roman sabéen, une constellation) quand on saura également qui est Isis et où elle se situe, sur le planisphère céleste, au moment où elle se fait apostropher par Anhouri.

 

A cet égard, celle-ci ne peut être que deux choses : l’étoile Sirius, ou la constellation de la Vierge.

 

Supposons qu’elle soit l’étoile Sirius.

 

En ce cas, Anhouri est, au choix, Orion ou la Licorne.

 

Supposons que ce personnage était Orion.

 

En ce cas la couronne de hautes plumes qui surmontent la tête du dieu, cette couronne est représentée par les deux Gémeaux.

 

Quant à la pique qui perce un ennemi terrassé elle est le bras d’un Orion qui transperce Eridanus avec sa pique.

 

Et si Anhouri est Orion, Arès dans, sa version héroique, l’était aussi.

 

Et ainsi probablement aussi de Nergal, le dieu sumérien Nergal.

 

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Dans la mythologie sumérienne, on peut considérer que Nergal a d’abord été une constellation avant d’être la planète Mars.

 

Et avant d’être cela, on peut supposer qu’il était l’expression du soleil (ce qui présuppose qu’avant d’être sabéen, le mythe a été solaire).

 

En tant qu’expression du soleil, Nergal avait la fâcheuse habitude de brûler la Terre et les Terriens (qui sont ici des Mésopotamiens) au plus fort de l’été et/ou de l’après-midi.

 

Et pour le punir d’une pareille arrogance, la déesse Terre (son nom est Ereshkigal) l’attrapera dans ses rets.

 

Mais parce qu’il est le soleil, il menace de la tuer (sans doute en la brûlant) une fois mis en sa présence.

 

Pour éviter un sort aussi peu prometteur, la grande déesse de la Grande Terre d’en bas propose à Nergal de devenir son époux, un Nergal qui, après avoir accepté, devient le Soleil de la Terre (lui qui était jusque là le Soleil du Ciel).

 

Et comme on se rappellera toujours, en Mésopotamie, que ce soleil-là brûlait la Terre et les Terriens avec ses rayons dévorants, on verra en lui un tueur dans un récit qui, après avoir été solaire, est devenu entre-temps  sabéen.

 

En d’autres termes, le même Nergal joue, possiblement, le rôle du Dragon lorsqu’il est une constellation, et il joue celui de la planète Mars (son nom sumérien est Zal-bat-a-nu) lorsqu’il appartient à la famille des planètes qui toutes tournent autour du soleil.

 

Qu’il en soit, ce dieu-là avait la réputation d’être colérique et tyrannique.

 

Et les Sumériens de faire de Nergal le maître des enfers (des enfers que les Sumériens appelaient Arallû et qui étaient incarnés par une cité qui s’appelait Kutha [alias Cutha, ou Coutha]).

 

La question est  de savoir où placer les dits enfers ?

 

La réponse est liée ici au rôle que joue Nergal.

 

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Supposons un instant qu’il était le Dragon.

 

Ce Dragon, lorsqu’il stationne tout en haut à gauche sur le planisphère céleste, veille sur des enfers qui se situent dans l’espace invisible situés au-delà.

 

C’est donc à cet endroit que se tient la maîtresse de la Terre (une maîtresse en qui l’on peut voir, au choix, la planète Vénus, la constellation de la Vierge ou l’étoile Sirius).

 

Mais supposons que la Dame de la Grande Terre d’en Bas était l’Hydre.

 

En ce cas, Nergal, au lieu d’être le Dragon, est le Grand Lion (un Lion qui rejoint l’Hydre lorsque tous deux quittent la partie visible du planisphère).

 

Et dans la mesure où cette même Hydre occupe, une fois complètement visible, tout l’hémisphère sud du planisphère céleste, elle est bel et bien être la maîtresse des enfers (elle qui s’appelait Tiamat dans la version babylonienne de la Création).

 

Quant à Nergal, si Ereshkigal est l’Hydre, lui-même est alors dans la peau du Grand Lion (un Nergal dont le sceptre ressemblait d’ailleurs à une tête de Lion), un Lion qui s’appelle  Mardouk lorsque l’Hydre s’appelle Tiamat.

 

A cette aune, quand la mythologie sumérienne nous apprend que la grande déesse Innana se dépouille de tous ses bijoux avant de rejoindre sa sœur Ereshkigal dans la Grande Terre d’en bas, il n’est pas certain, contrairement à l’avis des analystes (qui sont ici des assyriologues), qu’Inanna incarne la planète Vénus ou l’étoile Sirius.

 

En effet, si Ereshkigal (dont le nom peut se traduire par « la Dame de la Grande Terre d’en Bas ») est l’Hydre, Inanna est probablement, et même très certainement, la Vierge (une Vierge qui rejoint l’Hydre dans la partie invisible du planisphère - elle-même, partie invisible, tenant lieu d’enfers).

 

Quant à Dumuzi, il est alors le Grand Lion, un Grand Lion auquel la Vierge emboîte le pas dans le monde invisible (les deux constellations disparaissant alors du planisphère céleste - du moins de sa partie visible).

 

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Maintenant, supposons que Dumuzi était, sous son nom de Sib-zi-anna, la constellation d’Orion.

 

En ce cas, Innana est l’étoile Sirius du Grand Chien.

 

Et en ce cas aussi, Ereshkigal se situe devant elle lorsque les constellations font leur ronde sur le planisphère céleste

 

A cette aune, cette dame est, au choix, l’étoile Capella du Cocher, ou l’étoile Betelgeuse d’Orion.

 

Mais supposons qu’Ereshkigal était la Voie Lactée.

 

C’est bel et bien vers elle que se rend l’étoile Sirius.

 

On objectera que l’étoile Sirius se situe devant la Voie Lactée, et non derrière.

 

Certes, mais étant donné que l’étoile est dans l’espace invisible associé au planisphère céleste avant d’apparaître (sous-entendu : devant la Voie Lactée) lorsqu’elle réintègre la partie visible du planisphère, c’est comme si elle avait fréquenté cette même Voie Lactée (son nom est Ereshkigal) avant d’apparaître sur le planisphère.

 

Et c’est aussi vers elle, Ereshkigal, que s’est rendu, un peu avant l’étoile Sirius, un Dumuzi qui est la constellation d’Orion.

 

Quant à Nergal, s’il était un soleil tueur dans un mythe qui était solaire, précisément, on peut voir en lui l’expression du Grand Lion lorsque le mythe, après avoir été solaire, est devenu sabéen.

 

Ce Grand Lion rejoint Sirius au paradis des étoiles (lui-même se sitant au-delà de la Voie Lactée).

 

Et parce que le Lion est proche de l’Hydre, on peut voir en cette dernière (son nom est alors Era, ou Erragal)  le dieu de la peste.

 

Et peut-être Arès, le dieu grec, était-il ce dieu-là dans l’ancien panthéon mésopotamien !?

 

Bref, après avoir été le Grand Lion, on peut considérer que Nergal est devenu, une fois confondu par Mésopotamiens avec le dieu de la Peste, l’expression de l’Hydre.

 

C’est donc elle, Hydre, qui ravage la Terre d’en bas (une Terre qui s’identifie ici à la partie sud du planisphère céleste.

 

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Tout à l’heure nous avons vu que Nergal campe, dans un mythe qui a d’abord été solaire,  un soleil au tempérament furiux qui, parce qu’il frappe la terre avec ses rayons dévorants, est pris en otage par cette même terre (laquelle s’appelle ici Ereshkigal). Lui-même étant devenu le soleil de la terre, il est alors l’époux de la grande déesse chtonienne. Et Nergal de quitter la terre (et donc Ereshkigal) pour le ciel (là où habite les dieux), au petit matin.

 

Voilà pour ce qui concerne le mythe solaire.

 

Dans le mythe sabéen, qui comporte plusieurs versions

 

(voir, entre autres, le  site internet :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nergal_et_Ereshkigal),

 

Nergal, au lieu d’être le soleil, est, au choix, le Lion ou l’Hydre.

 

Probablement qu’il était au départ le Lion.

 

A part cela, le site susmentionné parle d’un certain Namtar qui était lui-même le maître des destins.

 

Sachant que la vie éternelle se situait, dans l’antique religion sabéenne, sur la droite de la Voie Lactée, on peut en déduire que ce personnage n’était pas éloigné d’elle.

 

Et parce que Namtar est, en tant que dieu de la Mort,  «celui qui fend les destins»,  on peut voir en lui le même personnage que l’égyptien Osiris (lui-même étant l’expression d’Orion dans le roman sabéen).

 

On notera en passant que, d’après la légende rapportée par le site susmentionné,  Ereshkigal (décomposé en Eresh-ki-gal, alias Ninkigal, décomposé  en Nin-ki-gal, mot qui désigne la Dame (nin) de la Grande Terre (ki-gal en sumérien et kigallu en accadien – cf. Edouard Dhorme dans Les religions de Babylonie et d’Assyrie ; section : le dieu des enfers : Nergal), Ereshkigal, disions-nous, ne pouvait point accéder au ciel (où habitent les dieux), sinon par  l’intermédiaire  d’un messager, ce qui prouve qu’elle-même est une déesse chtonienne.

 

A partir de là, on ne peut pas supposer, comme nous l’avons fait plus haut, que cette même Ereshkigal (qui était la sœur aînée d’une Ishtar/Inanna qui était elle-même la fille du dieu-lune Sin et de son épouse Ningal) est l’expression de la Voie Lactée.

 

Dans le roman sabéen, cette déesse est non seulement une constellation, mais une constellation qui ne se manifeste que dans la partie sud du planisphère céleste. 

 

A cette aune, on peut voir en sa sœur (son nom est Inanna/Ishtar) la planète Vénus, et en elle-même, Ereshkigal, l’étoile Sirius du Grand Chien.

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Ceci dit, quand Vénus/Ishtar se rapproche de l’étoile Sirius, on peut considérer qu’elle perd des bijoux qui sont représentés ici par tous les habitants de la Forêt des Cèdres (laquelle forêt nous renvoie aux aventures de Gilgamesh).

 

Celle-ci étant éclairée par les étoiles associées à la Grande Ourse, au Grand Lion, au Cancer, etc., on peut en inférer que c’est de pareils bijoux dont se dévêt Ishtar lorsqu’elle se présente devant sa sœur Ereshkigal.

 

Bref, si cette même Ereshkigal est l’étoile Sirius (ce qui reste d’ailleurs à prouver), Nergal est alors, au choix, le Cancer ou l’Hydre. Et plus probablement l’Hydre que le Cancer.

 

En effet, Edouard Dhorme (op.cit) déclare ceci à propos de Nergal :

 

 

… Un dieu règne sur ce monde infernal. Son nom, Nergal, ainsi transcrit dans la Bible (II Rois, XVII, 30) et dans une inscription phénicienne du Pirée (CIS., 1, 119), était orthographié Nè-iri-gal « Puissance de la grande demeure ». On le représente aussi par l’idéogramme u-gur, en accadien namsaru « glaive ». On l’identifie à un dieu Irra, qui primitivement est le dieu de la peste, chargé de peupler le monde infernal. Les théologiens savent que Irra est le Nergal de Kutha.». Dans le code de Hammurabi, c’est lrra qui apparaît d’abord comme dieu de Kutha et de son temple Mes-lam. Dans les imprécations finales, ce sera Nergal, écrit Né-iri gal, qui, par le fer et par le feu, devra punir le contempteur des lois. Le caractère dominant de ces deux hypostases d’une mème divinité sera l’esprit guerrier, la force dans les combats, l’ardeur dans le carnage et la dévastation. L’astre qu’on attribuera à Nerga1 sera la planète Mars, sous non nom de Zal-bat-a-nu.

 

 

l’expression « la puissance de la grande demeure » convient mieux, en effet, à l’Hydre qu’au Cancer.

 

Et c’est cette même Hydre qui incarnait la peste en décimant des populations représentées ici par des constellations qui appartiennent à la troupe divine.

 

Et à supposer que Nergal ait été, au départ, le Dragon, une fois accouplé, par une sorte de syncrétisme, avec un Irra qui était, sous sa  forme de dieu de la peste et des fléaux de toutes sortes, l’expression de l’Hydre, il deviendra lui-même cette Hydre.

 

Ceci dit, on peut également imaginer, en lisant les cartes célestes, que Irra était l’Hydre, et Nergal le Cancer.

 

Mais  là est la nouveauté : quand Dhorme écrit :

 

 

Dans les imprécations finales, ce sera Nergal, écrit Né-iri gal, qui, par le fer et par le feu, devra punir le contempteur des lois

 

 

on peut considérer que ce Nergal est un Cancer qui, sous ses traits de feu vengeur,  frappe la tête d’une Hydre qui est elle-même le chef de tous les contempteurs des lois.

 

Ce Cancer était le Glaive d’un dieu de la Justice qui était lui-même le Grand Lion.

 

Par analogie, quand nous lisons, sous la plume de l’égyptologue François Chabas (cf. Diverses Œuvres, tome 5, consignéees dans la Bibliothèque égyptologique contenant les oeuvres des égytologues français, publiée sous la direction de Gaston Maspero ; Paris 1009) :

 

 

Que Ra soit frappant du glaive le serpent Apap [Apophis] !

 

 

(ce vers appartient à un hymne figurant sur le papyrus de Berlin no 5 traduit par Chabas)

 

Ré est ici un Grand Lion dont le glaive (alias le Cancer) frappe sur la tête d’un Apap/Apophis qui est l’expression de l’Hydre.

 

On retrouve ce glaive sous la plume de Mircea Eliade, lequel s’exprime en ces termes dans Histoire des croyances et des idées religieuses ; chapitre : Zarathoustra et la religon iranienne ; Payot, Paris 1976  :

 

 

L’historien grec [Hérodote] affirme (IV, 59) que les Scythes n’avaient ni temples, ni autels, ni statues. Pourtant ils sacrifiaient annuellement à « Arès » des chevaux et des moutons, et un pour cent des prisonniers de guerre ; le dieu était représenté par un glaive en fer dressé sur un monticule artificiel.

 

 

Sachant qu’Arès est le dieu Mars, et celui-ci la planète Mars, on a là une indication fort précieuse.

 

Ceci dit Arès peut également être perçu comme une constellation (laquelle est alors, au choix, le Dragon ou l’Hydre).

 

En fait il ne peut pas être l’Hydre si cette Hydre était représentée par Hadès.

 

Mais écoutons à cet égard l’Iliade d’Homère, que nous lisons ici sous la traduction de Victor Bérard (nous sommes au Ve chant et c’est Dioné qui parle et qui s’adresse ici à sa fille Aphrodite ) :

 

 

DIONÉ. — Résigne-toi, ma fille, et malgré ton chagrin, et malgré ton chagrin supporte cette épreuve. Nombreux sont parmi nous, itants de l’olympe, ceux qui, pour des humains, ont supporté jadis de semblables malheurs et se sont infligé de lourds chagrins entre eux.

 

Il a souffert, Arès, quand il fut enchaîné d’un robuste lien par le fort Ephialte et par son frère Otos, tous deux fils d’Aloeus : attaché treize mois dans une jarre en bronze, Arès, le dieu toujours ardent à la bataille, aurait succombé là si le divin Hermès soudain n’eût tout appris par la belle Eribée (d’Ephialte et d’Otos elle était la marâtre). Hermès vint délivrer furtivement Arès, alors tout epuisé, tant ce lien cruel avait dompté sa force.

 

— Elle a souffert, Héra, le jour où le robuste enfant d’Amphitryon lui frappa le sein droit d’une flèche à trois pointes elle fut prise alors d’implacables douleurs.

 

—Il  a souffert enfin, le monstrueux Hadès aussi bien que les autres, d’un trait impétueux que ce même Héraclès, fils de Zeus porte-égide, à Pylos, au milieu des morts, lui décocha, le livrant aux souffrances. Hadès partit alors Pour le palais de Zeus et pour le haut Olympe, transpercé de douleurs, l’âme en proie au chagrin : la flèche était entrée en sa robu épaule et lui navrait le coeur. Péon sur lui versa des baumes apaisants; ils guérirent ce dieu, qui n’était pas mortel….

 

 

Sachant qu’Hadès est une Hydre qui subit l’agression d’un Héraclès qui est le Grand Lion, Arès est forcément autre chose que l’Hydre.

 

Quant à Arès, le livre de l’Odyssée, en son XIe chant, nous apprend que ses ravisseurs (à savoir  les deux Aloïdes Otos et Éphialte) étaient d'une taille gigantesque et voulaient escalader le ciel.

 

 

Je vis Iphimédée l’épouse d’Aloeus. Poséidon, disait-elle,  avait eu son amour; deux fils en étaient nés, mais et la vie fut courte, Otos, égal aux dieux, et l’illustre Ephialte. Jamais la terre aux blés n’avait encore nourri des hommes aussi grands, et le seul Orion eut plus noble beauté! A neuf ans, ils avaient jusques à neuf coudées de largeur et, de haut, ils atteignaient neuf brasses : ils menaçaient les dieux de porter leur assaut et leurs cris dans l’Olympe pour monter jusqu’au ciel, ils voulaient entasser sur l’olympe l’Ossa et, sur l’Ossa, le Pélion aux bois tremblants; ils auraient réussi peut-être, s’ils avaient atteint leur âge d’homme; mais avant  qu’eût fleuri la barbe sous leurs tempes et qu’un duvet en fleur eût ombragé leurs joues, ils tombèrent tous deux sous les flèches du fils, qu’à Zeus avait donné Léto aux beaux cheveux.

 

 

Ce fils de Léto étant Apollon, c’est donc lui qui tue les deux jeunes géants qui ont préalablement immobilisé Arès.

 

Sachant que la belle Eribée (alias Péribée) était l’épouse de Télamon, et sachant que ce même Télamon est, à notre avis, le Cancer, on peut en déduire que la belle marâtre est l’étoile Procyon du Petit Chien (elle-même étant la belle mère de deux géants qui sont alors la Licorne et le Grand Chien).

 

On peut même voir en Otos la licorne, ainsi qu’en témoigne le morceau suivant tiré du site internet : http://remacle.org/bloodwolf/poetes/nonnos/diony5.htm (lequel renvoie au Ve chant des Diyonisaques de Nonnos) :

 

 

« Hélas! séduit par une vaine renommée, j'avais appris que Phébus, le frère de Diane, avait eu de ses amours avec Cyrène, Aristée, mon père; et que je pourrais ainsi offrir à la déesse une alliance de famille. J'avais su que la blanche Aurore avait enlevé Orion pour en faire son époux, et la Lune, Endymion; que Cérès avait partagé la couche de Jasion, un simple mortel ; et j'avais espéré que Diane aurait eu la même pensée ! Mais non, Otos devait être plus heureux, il ne devint pas un cerf vagabond. Orion ne fut pas déchiré par ses chiens, et plût aux dieux qu'un scorpion eût fait, comme lui, périr Actéon sous son dard aigu !

 

 

Sachant qu’Otos n’est pas un cerf vagabond, il incarne une Licorne qui, au lieu de vagabonder librement dans le bleu du planisphère céleste, est partiellement enchaînée à  la Voie Lactée.

 

Et parce que les deux Aloïdes sont la Licorne et le Grand Chien, Arès ne peut être qu’une seule chose : l’Hydre.

 

Elle-même est attachée  à une jarre en bronze qui est probablement le Cancer.

 

Quant à Hermès, il est probablement ici une constellation du Lynx qui se tient pour partie derrière le Toit du Monde lorsqu’il libère une Hydre qui, elle, est  entièrement cachée derrière ce même Toit. 

 

Et ce qui vaut pour l’Hydre vaut également pour le Cancer.

 

Si notre lecture est correcte, Hadès représente l’Hydre lorsque celle-ci stationne dans la partie visible du planisphère céleste (elle-même renvoyant à son hémisphère sud), alors qu’Arès représente, lui, cette même Hydre lorsque celle-ci fait le tour du planisphère (un tour durant lequel elle invisible sur ce même planisphère).

 

Et si Arès est l’Hydre, on peut supposer que Nergal était lui aussi un pareil personnage dans l’ancienne mythologie suméro-accado-babylonienne.

 

Et ce même Nergal d’épouser une Ereshkigal qui est, au choix, l’étoile Procyon du Petit Chien ou la Voie Lactée.

 

Et si la dame était une constellation, elle est alors la Licorne.

 

Quant à sa sœur (son nom est Ishtar) on peut voir en elle l’étoile Sirius.

 

Moralité : lorsque telle légende de l’ancien patrimoine mésopotamien nous apprend qu’Ishtar est partie à la recherche de son frère époux (son nom est Dumuzi), et qu’à cette occasion elle se présente devant sa sœur après avoir ôté tous ses bijoux, les bijoux en question appartiennent à la constellation du Grand Chien.

 

Toutes ces étoiles sont invisibles sur le planisphère au moment où Sirius seule fréquente la Licorne à son retour à elle, Sirius, sur le planisphère.

 

Et parce que Dumuzi est Orion, et que celui-ci est le premier à réapparaître sur le planisphère, il est bel et bien auprès d’Ereshkigal lorsque celle-ci, sous le nom de Licorne, revient à son tour sur le planisphère.

 

Et parce que tout ce  beau monde est rejoint par un Grand Chien qui, au départ, n’est visible qu’à travers son étoile Sirius, c’est étoile-là est représentée  par une Ishtar/Inanna qui a ôté tous ses bijoux à cette occasion.

 

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Tout cela, évidemment, doit  être pris au conditionnel.

 

Quoi qu’il en soit, on peut montrer, à l’aide d’une étude minutieuse qui ne peut être entreprise que par des spécialistes en astronomie antique, que les dieux associés aux anciens panthéons de nos ancêtres étaient des planètes ou des constellations, éléments que  l’on retrouve sous une forme anthropomorphisée dans les ancien et nouveau Testaments de la Bible.

 

Dans cette Bible, le dieu unique (son nom est Elohim ou Yahvé) est le maître des planètes et des étoiles circulant sur un planisphère céleste en qui les anciens voyaient la doublure du planisphère terrestre.

 

Et parce qu’il en est ainsi, ils vont donner des noms terrestres (Egypte, Inde, Canaan, etc.) aux différentes  régions du planisphère céleste.

 

Quand donc les théologiens mettent la théologie contenue dans la Bible  sur un plan différent que  celle contenue dans les autres religions, et ce au motif que la Bible décrit pour nous les différents épisodes associés à la révélation faite aux hommes (qui sont ici les ancêtres du peuple juif), par le dieu lui-même, de l’existence d’un dieu unique et créateur de l’univers, ils font fausse route. Pour mieux, dire ils ne comprennent pas que ce dieu unique appartient lui-même, au départ, à une religion qui, parce qu’elle était sabéenne, mettait aux  prises des dieux et des démons sur le planisphère céleste.

 

Et une fois que la religion sera devenue dualiste, les dieux seront représentés par un seul dieu (qui symbolise alors la Lumière), et les démons par un seul démon (qui symbolise alors les ténèbres).

 

Et une fois parvenu au dernier stade, le démon disparaît (en tant que dieu) au profit du dieu qui  incarne la lumière.

 

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Pour en revenir à Mars et à Nergal, si nous sommes parti, en commençant cet article, du principe qu’ils étaient le même dieu (représenté ici par la planète Mars en termes de planètes du système solaire, et par le Dragon en termes de constellations), une brève analyse comparée puisée aux différents segments nationaux d’une religion qui était à l’époque sabéenne, montre que Mars ou Arès était plus prêt d’être représenté, en termes de constellations,  par l’Hydre que par le Dragon, ce qui n’est pas le cas de Moloch, qui était bel et bien, lui, l’expression du Dragon.

 

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