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Le sabéisme en tant que secte, et le sabéisme en tant que
religion ou mouvement idéologique Le sabéisme peut-être analysé de deux points de vue
différents : celui d’une secte dont ne sait à vrai dire pas grand-chose, et
celui de l’idéologie prônée par cette secte. Voyons d’abord en quoi consiste la secte des Sabiens telle qu’on la
découvre sous la plume de deux grands intellectuels qui ont fait autorité à
leur époque : Ernest Renan et Moïse Ben Mimoun dit Maimonide. Ecoutons d’abord Ernest Renan dans Marc Aurèle ou La
fin du monde antique : La tolérance des gnostiques, leur
prosélytisme ouvraient si larges les portes de l'église que tout y passait.
Des religions qui n'avaient rien de commun avec le christianisme, des cultes babyloniens, peut-être des rameaux du
bouddhisme, furent classés et numérotés par les hérésiologues parmi les
sectes chrétiennes. Tels furent les baptistes ou sabiens, depuis désignés
sous le nom de mendaïtes, les pérates, partisans d'une cosmogonie moitié
phénicienne, moitié assyrienne, vrai galimatias plus digne de Byblos, de
Maboug ou de Babylone que de l'église du Christ, et surtout les séthiens,
secte en réalité assyrienne, qui fleurit aussi en Egypte. Quant à Maimonide, la table des matières (ou des
chapitres) du tome III de son livre Le Livre des Egarés présente le chapitre
29 de la manière suivante : CHAP. XXIX. Certaines pratiques
cérémonielles trouvent leur explication dans la religion des anciens Sabiens,
ou païens, dans laquelle avait été élevé le patriarche Abraham, qui le
premier proclama l’existence d’un Dieu unique. Les livres des Sabiens, et
notamment le grand ouvrage intitulé l’Agriculture nabatéenne, renferment beaucoup de fables, de superstitions et de
pratiques absurdes et impies, qui remontent à une haute antiquité, et que
Moïse voulait empêcher de s’introduire parmi les Hébreux. C’est par là que
s’expliquent beaucoup de lois cérémonielles, dont, au premier abord, il est
difficile de se rendre compte. Divers détails sur la religion des Sabiens et
sur le culte qu’ils rendent au soleil et aux autres astres; fables qu’ils
débitent sur Adam, sur Seth, sur Noé, sur Abraham; fable du prophète Tammouz;
énumération de leurs livres les plus accrédités. Au tome I du même livre, on lit, au chap. 63. (Du nom
d’EHYE (je suis celui qui suis) et de quelques autres noms, tels que Yah,
Schaddaï, ‘Hasin, Çour. . .) : Ce qu’il faut savoir, pour que toutes ces
obscurités te soient éclaircies, c’est ce que je vais te dire. Tu sais
combien étaient répandues en ces temps-là les opinions des Sabiens (note), et
que tous les hommes alors, à l’exception de quelques uns, étaient livrés à
l’idolâtrie, je veux dire qu’ils croyaient aux esprits (des astres) et aux
conjurations, et qu’ils faisaient des talismans. Munk, l’éditeur et commentateur de Maimonide, précise en
note : Par le mot Sabiens ou Sabéens, notre
auteur, à l’exemple d’autres écrivains arabes, désigne les adorateurs des
astres, et en général les idolâtres; on trouvera des détails sur les Sabiens
dans la IIIe partie de cet ouvrage, chap. XXIX, où l’auteur dit que la
religion des Sabiens embrassait toute la terre. Ce même Munk est encore plus complet dans une note
consignée dans le chap. 29 du tome III : Ainsi que je l’ai déjà fait observer dans
mes Réflexions sur le culte des anciens Hébreux, p. 2 (publiées dans le t. IV
de la Bible de M. Cahen), Maimonide, comme beaucoup d’autres auteurs arabes
de son temps, entend par le mot ou Sabiens tous les peuples païens en
général. Les livres dans lesquels il avait puisé sa connaissance des cultes
païens et dont il parlera plus loin lui donnèrent lieu de croire que ces
cultes étaient en général basés sur l’astrolâtrie. Par conséquent, dans le
langage de Maimonide, religion des Sabiens signifie la même chose que
paganisme. Dans le Coran (ii, 59; y, 73; xxii, 17), les Sabiens sont
mentionnés à côté des juifs et des chrétiens, comme une communauté religieuse
possédant des livres révélés et ayant part à la vie future. On est
généralement d’accord que les Sabiens du Coran sont les Mendaïtes ou
chrétiens de Saint-Jean, qui, à cause de leurs fréquentes ablutions, sont
appelés en syriaque (ou selon la prononciation des Mendaïtes, qui
suppriment le y), c’est-à-dire les Baptistes. Voy. E. Castelli
Lexicon-syriacum seorsim typis describi curant alque sua adnotata adjecit, J.
D. Michaélis, p. 749. Les auteurs arabes, à partir de l’époque du khalife
Al-Mamoun, donnent aussi le nom de Sabiens aux païens de Harran et de
quelques autres villes de la Mésopotamie, totalement différents des Sabiens
du Coran, ce qui a donné lieu à une grande confusion. On a fait de vains
efforts pour trouver l’étymologie du nom de Sabiens appliqué aux païens. La
conjecture qui a eu le plus de succès est celle de Pococke (Specimen hist. ar., p. 139), qui fait venir ce nom du mot hébreu armée, et qui y voit une allusion au culte
des astres appelés l’armée du ciel;
mais cette étymologie n’est pas plus plausible que toutes les autres. Nous savons
maintenant qu’il n’y a en réalité qu’une seule espèce de Sabiens, à savoir
les Mendaïtes, mais que les païens de ‘Harran, menacés d’être exterminés par
le khalife Al-Mamoun, usurpèrent vers l’an 830 de l’ère chrétienne, sur le
conseil d’un docteur musulman, le nom de Sabiens, et prétendirent être la
secte mentionnée sous ce nom dans le Coran et recommandée par le prophète à
la protection des musulmans. Ce fait est rapporté dans le Kitab Al-Fihrist
par Mohammed ben ls’hak al-Nedîm (voy. l’extrait de ce livre donné par M. de
Hammer dans le Journal Asiatique, septembre- octobre 1841,1, p. 254 et
suiv.). II avait déjà été publié par Hottinger, Historia Orientalis, p. 169,
et, d’après lui, par Spencer, De legibus Hebrœorum rituatjbus, I. H, cap. i,
sect. 2 (p. 241 de l’édition de Cambridge, 1685, in-fol.). C’est surtout dans
l’ouvrage publié sur les Sabiens par M. Chwolson, que le fait en question a
été mis en lumière et appuyé de preuves nombreuses. L’auteur montre comment
le nom de Sabiens, appliqué dans le Coran aux seuls Mendaites et employé dans
ce sens par les auteurs arabes, jusqu’à l’époque d’Al-Mamoun, servit ensuite
à désigner également les Harraniens et finit, au VIe siècle de l’Hégire, par
être employé dans le sens général de Païens. Voy. Die Ssabier und der
Ssabismus (2 vol. gr. in-8°, St-Pétersbourg, 1856), t. I, ch. vi, p. 139 et
suiv., et tout le chap. viii. Cet excellent ouvrage renferme de nombreux
détails sur la religion des Harraniens, qui peuvent éclaircir plusieurs faits
rapportés par Maïrnonide dans ce chapitre et dans les suivants, ou notre
auteur a pour but d’expliquer en grande partie les pratiques cérémonielles
prescrites par Moïse, au moyen des usages superstitieux des Sabiens ou païens
que les lois mosaïques tendaient à faire disparaître. **** On peut résumer cette affaire en disant que le sabéisme
est la religion des astres. Ainsi que je tâche de le montrer dans Le Roman Sabéen,
l’armée des astres se compose de constellations très précises, lesquelles
s’opposent sur le planisphère céleste, à d’autres constellations ainsi qu’aux
nuages de la Voie Lactée. Ceci dit, quand Munk, présentateur de Maimonide, déclare
qu’Abraham adorait un dieu unique (comparé à des Sabiens qui vénéraient des
idoles), ou quand ce même Munk déclare que le Moïse du Livre de l’Exode de la
Bible cherche à mettre fin à l’idolâtrie grâce à des lois mosaïques qui sont
ici le Décalogue, il faut bien s’entendre sur les termes. En effet, on pourrait penser qu’Abraham et Moïse, grands
personnages de la Bible, sont tous deux les promoteurs d’une religion
nouvelle fondée sur le monothéisme. Or il n’en est rien (du moins si l’on part du principe
que la religion en vigueur continue d’être le sabéisme). Ceci dit, pour comprendre qu’il n’en est rien, il faut
une connaissance minimale des lois de l’astronomie (qui se confond ici avec l’astrologie). Supposons en effet qu’Abraham et Moïse soient tous les
deux une constellation appelée Centaure. Quand ce même Centaure monte sur la montagne du Sinaï
chercher les Tables de la Loi, nous sommes en l’occurrence sur un planisphère
céleste où le Centaure est pour l’heure caché ou invisible. Il l’est car il
se situe, au moment indiqué (sous-entendu : dans l’esprit des Anciens)
derrière le planisphère céleste (du moins derrière sa partie visible). Quand à l’armée
des astres, elle incarne une troupe
d’Hébreux qui est en train de rejoindre le Centaure derrière ce même
planisphère. Et là est la nouveauté : quand toute cette troupe aura
reçu du Centaure les Dix Commandements, elle sera armée non seulement pour
réapparaître dans la partie visible du planisphère céleste, mais pour y
réapparaître sous une forme civilisée, forme qu’elle n’a pas, ou qu’elle a
perdue, lorsqu’elle est en train d’adorer des idoles plutôt que Yahvé (qui
est ici, sous le nom de Yahvé Sabaoth, le chef de l’armée des astres). En l’occurrence, et je vous demande d’accepter cela
comme un fait avéré, ces idoles sont représentées par les étoiles de la
constellation appelée Dragon (un Dragon qui impressionne celles des
constellations qui, sous le nom d’Apirou, ou Hébreux, ou Ibri, ou
Hapirou, appartiennent à l’armée
divine, une armée emmenée vers le toit du monde (qui s’identifie ici au
planisphère céleste) par un Centaure qui s’appelle Moïse, et qui s’appelle
Abraham quand ce même Abraham se veut le défenseur d’une religion nouvelle
fondée sur le monothéisme. Ceci étant, ce qu’il faut retenir, ici, c’est que le
sabéisme est la religion par laquelle les hommes, à tel moment de
l’antiquité, adoraient les astres (le soleil, la lune, Jupiter, Mars,
Mercure, ect., sans parler des nombreuses
constellations qui se meuvent sur le planisphère céleste (lesquelles sont au
nombre de 88 d’après la nomenclature établie par les spécialistes en
astronomie). Et quand Munk ou Maimonide donne à entendre que la
religion des astres s’étend à toute la terre, on peut interpréter un tel
propos de deux manières : soit on considère que la dite religion était
l’apanage de tous les peuples à tel moment de l’histoire des hommes, soit on
considère qu’un pareil propos se
réfère au planisphère céleste, lequel est alors occupé, en sa partie visible,
par des constellations qui, au lieu de croire au Dieu unique, croient en des
idoles, et notamment en cette idole au profil très particulier qu’est la
constellation du Dragon. ET tandis que seront punies ou châtiées par Dieu celles
des dites constellations qui croient
aux vertus du Dragon, les autres, elles, acceptent de rejoindre Moïse,
c’est-à-dire le Centaure, dans l’espace invisible, ce qui leur permet d’avoir
la vie sauve. Et non seulement elles sont sauvées, mais elles reçoivent, à
cette occasion, les Dix Commandements leur permettant de mener une vie
nouvelle (elle-même survenant quand les constellations sauvées par Dieu réintègrent - nous sommes alors au prochain tour de roue
de la part du Zodiaque - la partie visible du planisphère céleste). Tout cela est un peu compliqué, c’est
vrai, pour celui qui n’a pas étudié un minimum d’astronomie ou qui n’a pas lu
le Roman Sabéen, un Roman qui se propose de définir en termes de
constellations, et donc d’assigner un rôle, sur le planisphère céleste, aux
principaux personnages dont on lit les aventures non seulement dans la
Bible, mais également dans les textes
sacrés des autres religions (religions égyptienne, mésopotamienne, védique,
phénicienne, grecque, des anciens Aztèques ou Toltèques, etc., etc.).
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