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Le débat sur la foi : les
croyants et les athées Constatant que le débat sur la foi (ou sur l’absence de
foi) devient, parmi les gens, assez rapidement passionnel à cause du fait que
la foi est tout autant, sinon plus, une
affaire de cœur que de raison, je voudrais profiter de ce forum pour
dépassionner le débat en examinant la foi avec le même regard que l’homme de
science lorsque celui-ci examine son sujet. En regardant la religion avec cet œil-là, on s’aperçoit
que si la croyance en un Dieu tout puissant est ce qui distingue l’homme de
l’animal (étant entendu que ce dernier ne croit pas en Dieu – du moins
jusqu’à preuve du contraire), cette croyance a de tout temps été structurée,
pour ne pas dire conditionnée, par des prêtres et par une Eglise qui, quel que soit son drapeau ou
les dogmes affichés par elle, a toujours dominé les hommes sur le plan
intellectuel. Du moins jusqu’à une époque récente, elle qui débute avec le
Siècle des Lumières (lui-même permettant à l’homme, à travers ses philosophes
et ses hommes de science, de progressivement s’affranchir de la tutelle où
l’Eglise maintenait les croyants jusque là - songeons au Moyen Age et au
pouvoir inquisitorial de l’Eglise à cette époque). Au-delà, on peut considérer que le cheminement de
l’humanité vers un mieux-être (que ce soit sur le plan matériel - notamment grâce à la science -, ou que ce
soit sur le plan intellectuel - (grâce, entre autres, à la démocratisation des études) ce
cheminement a permis à l’homme de briser le carcan que l’Eglise lui imposait
jusque là. A ceci près que les hommes de science vont eux aussi
abuser en quelque sorte de leur pouvoir (chose qu’on observe aujourd’hui avec
les expérimentations animales ou les manipulations génétiques, pour ne citer
que ces deux exemples). Et si l’homme d’aujourd’hui vit mieux que son ancêtre
sur le plan matériel, ce n’est pas
pour autant qu’il a trouvé des
réponses à toutes ses interrogations. Mais là est la différence par rapport à autrefois. Contrairement
aux hommes du Moyen Age, l’homme d’aujourd’hui a les choix suivants : 1. participer
activement (ou plus ou moins
activement) à un mouvement religieux (quel qu’il soit) afin de partager avec
d’autres ses propres croyances 2. croire en Dieu
sans pour autant, au moment de manifester cette croyance, s’imposer de suivre les règles imposées par
tel ou tel mouvement religieux. 3. ne pas croire en
Dieu pour des motifs x ou y (qui sont
en général des raisons tout à fait personnelles). Une fois cela posé, la question est de savoir si l’on
naît athée ou si on le devient. A supposer qu’on le devienne, c’est alors en quelque
sorte par réaction, suite à un sentiment de malaise ou d’insatisfaction. ET ce qui vaut pour l’athée vaut également pour celui
qui se tourne vers une secte : à chaque fois,
la personne concernée n’est pas satisfaite de son Eglise. Et si sa détresse ou son désarroi vient de la vie
elle-même qu’elle mène, le fait est qu’elle ne trouve pas, auprès de l’Eglise
(qui est ici l’Eglise officielle), des réponses satisfaisantes à ses interrogations. D’autres, il est vrai, quittent l’Eglise car celle-ci se
montre trop directrice, ou trop conservatrice, ou trop tyrranique avec les
fidèles qui tous ensemble participent de son existence. Ceci dit, il faut bien distinguer, ici, la foi et
l’Eglise chargée de la structurer. ET là est le problème : les hommes n’étant pas des
saints, on assiste partout à des luttes pour le pouvoir, ou, ce qui revient
au même, à des conflits d’intérêt, que
ce soit au sein même de l’Eglise, ou que ce soit entre ceux qui résident en
son sein et ceux qui résident à l’extérieur. Mais là est la différence entre une société laïque
fondée sur la démocratie et la société ecclésiastique : la seconde nommée,
par la rigidité même de ses structures, ne supporte pas la moindre
contradiction à l’intérieur de l’ordre établi. Et parce qu’il en est ainsi,
ou bien les contestataires sont exclus de l’ordre, ou bien ils le quittent
par eux-mêmes. Or, et c’est cela que je voudrais souligner, ceci n’a
rien à voir avec la foi ou avec l’absence de foi d’un individu. En d’autres
termes, croire (ou ne pas croire) en Dieu est une chose, et croire, ou non,
en l’Eglise chargée de représenter ce Dieu sur terre, en est une autre. Bref, le fait qu’on soit ou non d’accord avec les Eglises, ne signifie pas que celui qui
quitte l’Eglise est forcément un
athée. Au lieu de cela, il peut être très croyant, sans pour autant manifester sa foi en Dieu en participant (plus ou
moins activement) à un mouvement religieux. A titre d’exemple, quand un docteur ou un infirmier
soigne des malades (et donc la souffrance), on peut considérer qu’il participe lui aussi, à sa façon, à
l’édification du royaume de Dieu sur terre. A ceci près que son action n’a rien
à voir avec le fait de participer activement à une Eglise qui a choisi Dieu
ou le Christ comme porte drapeau du mouvement. A l’inverse, on peut trouver, de par le monde, quantité
d’exemples où des hommes sont prêts à prendre les armes et à tuer au nom du
Dieu (qui est ici un dieu guerrier) qu’ils ont choisi comme guide de leurs
actions sur terre. Tout ceci étant dit, il ne faut pas oublier, quand on
parle de religion, les textes sacrés qui les sous-tendent. Et là également, on peut constater que les personnes qui
réagissent à ces textes se divisent en trois catégories. 1. il y a ceux qui les prennent au pied de la
lettre sous prétexte que ceux-là ont été dictés par Dieu. 2. il y a ceux qui au contraire les réfutent au
nom de leur athéisme. 3. enfin, il y a ceux
qui, pour avoir foi en ces textes, ne leur accordent pas le même sens que,
par exemple, les hauts dignitaires des Eglises. Toujours à propos de ces textes, on peut également se
demander si ceux-ci sont : 1. de vrais livres
d’histoire 2. de purs romans
mythologiques 3. des livres d’une
histoire qui a été romancée par les auteurs afin de la rendre, ou bien plus
belle, ou bien plus conforme à la vocation divine de la tribu que le Dieu du
Livre a élue pour Le représenter sur
terre. En conclusion, je pense qu’on peut aborder la religion
et la foi des gens sans invectives, ce qui présuppose qu'on laisse parler
aussi bien sa raison que son cœur (ou ses passions). En adoptant cette attitude, on verra alors que les gens,
malgré leurs différences, ne sont pas si éloignés les uns des autres. En
revanche, si l'on regarde ces mêmes autres comme des crétins ou comme des
ennemis, il est évident que les différences céderont la place aux exclusions,
et qu'alors le monde des hommes se fractionnera dans la guerre au lieu de
communier dans la paix. |
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